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Employer : emploi, chômage et formation

Les politiques de l'emploi et l'objectif de plein-emploi

Plus de 180 milliards d'euros sont consacrés chaque année à l'emploi. La baisse du coût du travail en constitue le premier poste, l'accompagnement direct une part limitée. La Note précise ce que recouvrent chômage et plein-emploi, décrit les instruments généraux et ciblés, puis les publics prioritaires et les arbitrages imposés par la contrainte budgétaire.

Mise à jour le

L’objectif de plein-emploi a été affiché en 2022. Le chômage recule alors jusqu’à 7,2% début 2023, selon la série rétropolée sur le champ France, Mayotte comprise. Il remonte à 8,3% au deuxième trimestre 2026, sur fond de finances publiques très tendues. Selon l’Insee, les bénéficiaires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans inscrits à France Travail contribuent pour près de la moitié de cette hausse depuis fin 2024. Cette contribution comptable ne permet toutefois pas d’isoler les effets de la loi pour le plein emploi de ceux de la conjoncture.

Reste à savoir si des politiques coûteuses, éparpillées et d’efficacité variable peuvent encore servir cette ambition. La Note commence par les définitions, présente ensuite la dépense et ses instruments, puis les difficultés propres à certains publics.

Les notions de base

Mesurer et qualifier le chômage

Chômeur au sens du BIT
C'est une personne âgée d'au moins 15 ans, sans emploi pendant la semaine de référence, disponible pour travailler dans les deux semaines et ayant effectué une démarche active de recherche au cours des quatre dernières semaines, ou ayant trouvé un emploi qui commence dans les trois mois. L'Insee mesure le chômage à partir de l'enquête Emploi, ce qui permet les comparaisons dans le temps et entre pays. Les inscriptions à France Travail relèvent d'une source administrative distincte : les effectifs inscrits ne se confondent pas avec les chômeurs au sens statistique. Au deuxième trimestre 2026, on compte 2,7 millions de chômeurs au sens du BIT sur le champ France, Mayotte comprise, pour 3,3 millions d'inscrits en catégorie A sur le champ France hors Mayotte.
Plein-emploi
Il ne reste qu'un chômage frictionnel, qui tient au délai de rencontre entre un demandeur et une offre. On le situe le plus souvent autour de 5% de la population active, chiffre discuté.
Chômage conjoncturel et structurel
Le premier varie avec l'activité. Le second tient à un décalage durable entre les compétences offertes et recherchées, ou au fonctionnement des institutions du marché du travail.
Chômage de longue durée
Il concerne les personnes sans emploi qui en recherchent un depuis au moins un an. Au deuxième trimestre 2026, 671 000 personnes sont dans ce cas en France, Mayotte comprise, soit environ le quart des chômeurs au sens du BIT et 2,1% de la population active. Il tend à se prolonger de lui-même : plus l'éloignement dure, plus le retour est difficile (effet d'hystérèse).
Sélectivité du marché du travail
Quand les candidats abondent, les employeurs choisissent les profils jugés les moins risqués. Le chômage se concentre alors sur les jeunes peu qualifiés, les seniors, les personnes handicapées et les habitants des quartiers prioritaires. Les politiques ciblées visent à corriger cette sélection.

Politiques passives

Garantir un revenu

  • Elles comprennent l'indemnisation du chômage (ARE, ASS), l'activité partielle et les anciennes préretraites.
  • Elles maintiennent un revenu sans agir directement sur le retour à l'emploi.
  • Elles augmentent automatiquement en temps de crise.

Politiques actives

Agir sur l'emploi

  • Elles regroupent la formation, l'accompagnement, les contrats aidés et les allègements de cotisations.
  • Elles cherchent à améliorer l'employabilité ou à favoriser l'embauche.
  • Elles reposent sur des programmes pluriannuels et traduisent un choix de valeur, celui de l'activation.
Cette distinction, diffusée par l'OCDE, n'est pas étanche. Une indemnisation plus courte ou dégressive est présentée comme une incitation à reprendre un emploi. L'alternance combine formation et travail.

Une dépense de 180 milliards d’euros

Selon la DARES, les dépenses en faveur de l’emploi et du marché du travail atteignent 181,0 milliards d’euros en 2022 après révision, soit 6,8% du PIB, puis 190,1 milliards en 2023, soit 6,7% du PIB. Elles atteignent 193,4 milliards en 2024. Le champ de la série comprend notamment les dépenses des administrations publiques et des organismes paritaires. Il exclut la formation des agents publics et certaines dépenses de formation financées par les entreprises ou les ménages. Les montants sont exprimés en euros courants, en droits constatés et selon le financeur final.

Cinq grandes catégories (2023)

L’incitation à l’embauche absorbe 95,0 milliards d’euros, surtout sous forme d’allègements du coût du travail. Le soutien au revenu des personnes sans emploi ou en activité réduite représente 47,1 milliards. La formation professionnelle coûte 29,5 milliards. L’incitation à l’activité mobilise 11,6 milliards, surtout par la prime d’activité et les aides à la création ou à la reprise d’entreprise. L’accompagnement des personnes en recherche d’emploi, notamment par France Travail et les missions locales, représente 6,9 milliards.

Une structure qui interroge

La moitié de la dépense relève des incitations à l’embauche. L’accompagnement des personnes en recherche d’emploi n’en représente qu’environ 4%. Le système finance donc largement des aides financières et peu la capacité de suivre les personnes, alors que toutes les réformes récentes font de l’accompagnement leur pivot. Une fois déduits les effets d’aubaine et de substitution, l’effet net reste difficile à mesurer.

Deux effets indésirables à identifier

Effet d'aubaine
L'aide finance une embauche qui aurait eu lieu de toute façon. Il est marqué pour les contrats aidés du secteur marchand et les aides à l'apprentissage.
Effet de substitution
L'aide fait recruter une personne du public visé à la place d'une autre. Ce déplacement ne constitue pas en lui-même une création nette d'emploi, même s'il peut répondre à l'objectif de réduire les désavantages d'accès à l'embauche.

Les instruments

Les instruments généraux

Les allègements de cotisations, créés en 1993, forment le premier poste. Les mesures générales d’allègement du coût du travail représentent 78,9 milliards d’euros en 2023, après la transformation du CICE en baisse de cotisations en 2019. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, elles prennent la forme d’une réduction dégressive unique jusqu’à 3 SMIC.

L’activité partielle permet à l’État et à l’assurance chômage d’indemniser des salariés temporairement privés de travail. Elle a coûté environ 27 milliards d’euros en 2020, contre 200 à 300 millions d’euros par an en temps normal. Son usage massif a contribué à amortir le choc sur l’emploi et à faciliter la reprise après la crise sanitaire. La comparaison avec 2008-2009 ne permet pas d’en faire l’explication unique de la reprise. L’activité partielle de longue durée, créée en 2020 sur accord collectif, indemnise mieux en échange d’engagements sur l’emploi et la formation. La loi de finances pour 2025 crée une variante « rebond » pour les entreprises durablement en difficulté mais non menacées, sur accord validé par l’administration.

Les instruments ciblés

Les contrats aidés, sous forme de parcours emploi compétences, sont des contrats du secteur non marchand avec une aide à l’employeur et une obligation de formation. La loi de finances pour 2014 en finançait 340 000. Environ 50 000 étaient prévus pour 2025, mais une circulaire du 4 avril 2025 n’en a financé que 32 000. Leurs résultats en insertion durable sont décevants.

L’insertion par l’activité économique réunit les entreprises d’insertion, les entreprises de travail temporaire d’insertion, les ateliers et chantiers d’insertion et les associations intermédiaires. Ces structures associent une activité de travail à une vocation d’insertion pour des personnes confrontées à des difficultés sociales et professionnelles. Le pacte d’ambition de 2019 porte les crédits de l’État de 840 millions d’euros en 2018 à 1,5 milliard en 2024, sans atteindre les effectifs visés. Territoires zéro chômeur de longue durée (2016) est un dispositif expérimental qui réoriente les dépenses liées à la privation d’emploi vers la création d’activités et d’emplois proposés par des entreprises à but d’emploi, dans environ 75 territoires, pour 3 100 salariés. Les emplois francs, qui aidaient au recrutement d’habitants des quartiers prioritaires, ont été supprimés par la loi de finances pour 2025.

Du plus général au plus ciblé
  1. Tous les employeurs Allègements de cotisations 78,9 milliards d'euros en 2023
  2. Activité partielle Maintenir les salariés dans l'emploi en cas de choc
  3. Contrats aidés 32 000 parcours emploi compétences financés en 2025
  4. Insertion par l'activité économique 1,5 milliard d'euros de crédits en 2024
  5. Publics très éloignés Territoires zéro chômeur Environ 3 100 salariés
Les instruments généraux concentrent la dépense, tandis que les dispositifs ciblés répondent à des désavantages particuliers d'accès à l'emploi. Leurs montants et leurs objectifs doivent être distingués.

Le plan d'investissement dans les compétences, un échec instructif

Le plan disposait de 15 milliards d’euros pour 2018-2022, pour former un million de jeunes éloignés de l’emploi et autant de demandeurs d’emploi peu qualifiés. Son comité scientifique (décembre 2023) et la Cour des comptes (janvier 2025) relèvent l’échec de la transformation attendue de l’accès à la formation, avec des obstacles comparables à ceux des plans « 100 000 » et « 500 000 » de 2014 et 2016. Cela ne signifie pas que toutes les formations financées ont été dépourvues d’effet. Une partie des crédits a remplacé des financements existants. Les publics les plus éloignés n’ont pas davantage accédé à la formation. Les organismes ont préféré des formations courtes, qui profitent d’abord aux plus proches de l’emploi.

Trois publics prioritaires

Les seniors

En 2023, 58,4% des 55-64 ans sont en emploi, contre 56,9% en 2022, du jamais vu depuis 1975, mais sous la moyenne européenne (63,9%). Au deuxième trimestre 2026, leur taux d’emploi atteint 62,1% en France, Mayotte comprise, selon les données trimestrielles corrigées des variations saisonnières de l’Insee.

L’accord du 14 novembre 2024, repris par la loi du 24 octobre 2025, prévoit un contrat de valorisation de l’expérience, expérimenté pendant cinq ans. Ce CDI s’adresse aux demandeurs d’emploi d’au moins 60 ans, ou 57 ans si un accord de branche le prévoit, qui ne peuvent pas encore liquider une retraite à taux plein. Il prévoit également une négociation obligatoire sur l’emploi des salariés expérimentés. Depuis le 1ᵉʳ septembre 2025, la retraite progressive est accessible dès 60 ans. Sans meilleures conditions de travail, les plus usés risquent de passer par le chômage ou l’invalidité avant la retraite.

Les jeunes

Au deuxième trimestre 2026, 21,6% des actifs de 15 à 24 ans sont au chômage en France, Mayotte comprise, contre 19,1% un an plus tôt. Les missions locales proposent le parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie et le contrat d’engagement jeune, qui exige 15 à 20 heures d’activité par semaine pour une allocation de 500 € au plus. S’y ajoutent l’Établissement pour l’insertion dans l’emploi et les écoles de la deuxième chance.

Les dépenses d’apprentissage ont fortement augmenté depuis 2018. Les aides aux employeurs ont été réduites en 2025. Elles sont désormais modulées selon la taille de l’entreprise et le niveau du diplôme (décret du 6 mars 2026).

Les personnes handicapées

Les entreprises adaptées et les établissements et services d’aide par le travail participent à l’inclusion professionnelle, selon des cadres distincts. Les orientations actuelles visent à faciliter, lorsque la situation le permet, les parcours vers les entreprises du milieu ordinaire.

Les Cap emploi travaillent avec France Travail au sein d’équipes communes. Le chômage des personnes handicapées est en net recul, mais leur insertion reste difficile.

Sous contrainte budgétaire

Les coupes de 2025

La loi de finances pour 2025 réduit les crédits du programme travail et emploi d’environ 4 milliards d’euros, soit 17%. Les contrats aidés financés tombent à 32 000, les emplois francs sont supprimés, les aides à l’apprentissage baissent d’environ 1,2 milliard et France 2030 connaît d’importantes annulations. La revue de dépenses des inspections générales propose de réduire les crédits de l’insertion par l’activité économique et des territoires zéro chômeur, de rendre dégressive l’aide au poste en entreprise adaptée et de limiter les prestations confiées par France Travail à des prestataires extérieurs.

Les transitions à anticiper

Le vieillissement impose d’améliorer les fins de carrière, faute de quoi l’allongement de la vie active augmentera le chômage et l’invalidité des seniors. Les transitions écologique et numérique appellent à sécuriser les parcours et à accompagner les reconversions. L’universalisation des droits faciliterait les changements de statut par une portabilité complète de l’assurance chômage, de la formation, des congés et de la protection complémentaire. Elle reste au stade de la réflexion.

Débats structurants

Faut-il privilégier l'accompagnement plutôt que les aides financières ?

Rééquilibrer

L'accompagnement ne pèse qu'une faible part d'une dépense dominée par les allègements et l'indemnisation. Les comparaisons européennes relèvent souvent davantage de moyens et des contacts plus fréquents avec les demandeurs, dans des contextes économiques différents.

Ne pas surestimer l'accompagnement

Il facilite l'appariement entre les personnes et les postes, mais ses résultats dépendent aussi des possibilités d'embauche. Depuis 2024, l'incertitude conjoncturelle renforce cette difficulté. Les allègements agissent sur la demande de travail, avec une efficacité qui varie notamment selon le niveau des salaires concernés.

Une affaire de ciblage

Les leviers sont complémentaires. Il s'agirait de réserver les allègements aux bas salaires et l'accompagnement renforcé aux personnes les plus éloignées de l'emploi, au lieu de disperser les moyens.

L'activation des demandeurs d'emploi donne-t-elle des résultats ?

Ses partisans

Assortir les droits d'obligations pousse à chercher activement et évite de s'installer dans l'assistance. On prête à la prime d'activité des effets positifs sur l'emploi.

Ses critiques

Les plus éloignés cumulent des obstacles : logement, santé, mobilité, garde d'enfants. Les sanctions augmentent le non-recours sans lever ces difficultés et orientent parfois vers des emplois éphémères.

Deux modèles en tension

Le workfare anglo-saxon subordonne strictement l'aide à la reprise d'emploi. La flexisécurité nordique combine une indemnisation généreuse, des exigences de formation élevées et des licenciements facilités. La France puise dans les deux sans trancher.

Ce qu'il faut retenir

La dépense pour l’emploi est considérable, mais elle sert surtout à réduire le coût du travail plutôt qu’à accompagner. Les instruments ciblés reculent avec le durcissement budgétaire. La remontée du chômage depuis 2024 fragilise l’objectif de plein-emploi. L’insertion des seniors, des jeunes et des personnes handicapées dépend autant des conditions de travail que des aides.

Sources et références

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