Travailler : conditions, droits et risques professionnels
La réparation des risques professionnels (branche AT-MP)
La branche AT-MP repose sur le compromis de 1898 : une indemnisation forfaitaire sans preuve d'une faute de l'employeur, dès lors que le caractère professionnel du sinistre est reconnu. La Note décrit cette reconnaissance et ses effets pour le salarié et l'employeur, examine la tarification et la sous-déclaration, puis montre pourquoi la branche indemnise mieux qu'elle ne prévient.
La branche accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP), la plus ancienne et la plus atypique de la Sécurité sociale, repose sur deux traits issus de la loi du 9 avril 1898 : une responsabilité de l’employeur sans faute et un financement par les seuls employeurs. Conçue pour indemniser, peut-elle aussi prévenir ?
Le compromis fondateur
Ce que la loi de 1898 a échangé
Avant 1898, l’ouvrier blessé devait prouver la faute de l’employeur selon le droit commun de la responsabilité civile, ce qui était presque toujours impossible. La loi de 1898 pose une responsabilité de plein droit de l’employeur pour l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail, sans recherche de faute.
En contrepartie, la réparation est forfaitaire, non intégrale. La victime n’a plus à démontrer une faute de l’employeur pour obtenir la couverture du sinistre reconnu professionnel. Les conséquences indemnitaires de ce sinistre sont en retour encadrées.
La construction de la branche
- 9 avril 1898 La loi pose une responsabilité sans faute pour les accidents du travail, assortie d'une réparation forfaitaire.
- 25 octobre 1919 Le régime s'étend aux maladies professionnelles par les tableaux, qui n'en visent alors que deux, le saturnisme et l'hydrargyrisme.
- 11 octobre 1946 La médecine du travail est créée. La santé des salariés est placée sous la responsabilité de l'employeur.
- 30 octobre 1946 Le risque est intégré à la Sécurité sociale sous la forme d'une branche financée par les seuls employeurs.
- 27 janvier 1993 Une voie complémentaire de reconnaissance des maladies professionnelles est ouverte devant des comités régionaux.
- 28 février 2002 Dans les arrêts « amiante », la Cour de cassation consacre une obligation de sécurité de résultat. La faute inexcusable est caractérisée si l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger sans prendre les mesures nécessaires.
- 25 novembre 2015 L'arrêt Air France fait de l'obligation de sécurité une obligation de moyens renforcée : l'employeur s'exonère s'il prouve avoir pris toutes les mesures de prévention prévues par le code du travail.
- 20 janvier 2023 L'Assemblée plénière juge que la rente ne répare pas le déficit fonctionnel permanent, indemnisable séparément en cas de faute inexcusable.
- 1er novembre 2026 Pour les victimes dont la consolidation interviendra à compter de cette date, l'indemnisation distinguera une part professionnelle et une part fonctionnelle, en application de la LFSS pour 2025. Pour les sinistres survenant à compter du même jour, le plafond des indemnités journalières sera fortement abaissé.
Une couverture plus favorable que l'assurance maladie
Les soins sont remboursés à 100%, sans avance de frais ni ticket modérateur. Les indemnités journalières sont plus élevées et versées dès le premier jour. La rente d’incapacité permanente est calculée sur des bases plus avantageuses. Les accidents de trajet entre le domicile et le travail sont couverts. L’employeur étant responsable, la branche est financée en totalité par les cotisations patronales.
La faute inexcusable, brèche dans le forfait
La faute inexcusable ouvre droit à une majoration de la rente et à la réparation de préjudices non couverts par le forfait. Depuis la décision n° 2010-8 QPC du 18 juin 2010, la victime peut obtenir l’indemnisation de tous les dommages non couverts par le livre IV du code de la sécurité sociale. Prévue dès 1898, la faute inexcusable a vu ses critères fixés par la jurisprudence, élargis par les arrêts « amiante » de 2002, puis complétés en 2023 par la réparation distincte du déficit fonctionnel permanent. Avec la tarification, elle constitue un levier possible de responsabilisation de l’employeur. L’efficacité préventive de l’ensemble s’apprécie toutefois au regard des évaluations et de la sinistralité.
Reconnaître une maladie professionnelle
La présomption par tableaux
Chaque tableau définit une maladie et les conditions de sa reconnaissance : travaux exposants, délai de prise en charge et, lorsqu’elle est prévue, durée minimale d’exposition. Lorsque toutes les conditions du tableau sont remplies, le lien avec le travail est présumé. La victime n’a pas à démontrer individuellement la causalité professionnelle, mais doit satisfaire aux critères du tableau.
Le régime général et le régime agricole comptent plus d’une centaine de tableaux.
Les deux voies complémentaires (article L. 461-1)
La maladie peut être inscrite dans un tableau alors qu’une condition manque, qu’il s’agisse du délai, de la durée d’exposition ou de la liste des travaux. Il faut alors prouver qu’elle est directement causée par le travail habituel. La maladie peut aussi ne figurer dans aucun tableau. Il faut alors prouver qu’elle résulte essentiellement et directement du travail habituel. Elle doit aussi avoir entraîné le décès ou une incapacité permanente d’au moins 25%. Dans les deux cas, la caisse statue après avis d’un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, qui s’impose à elle.
Des comités sous-dimensionnés
Les postes de médecins spécialistes sont souvent non pourvus, les délais s’allongent et les décisions varient selon les régions. Pour la covid-19, les demandes hors tableau ont été confiées à un comité national unique et spécialisé. Cette centralisation constitue une piste d’harmonisation, sans établir à elle seule une égalité effective de traitement.
Les tableaux, aussi un objet de négociation
Les tableaux sont créés ou révisés par décret, après consultation de la commission spécialisée du Conseil d’orientation des conditions de travail, où siègent les organisations patronales et syndicales. La révision du tableau n° 57, relatif aux pathologies de l’épaule, l’illustre. Elle a été imposée par le ministère du Travail avec l’appui de l’assurance maladie et du patronat. Le décret n° 2011-1315 du 17 octobre 2011 exige une IRM pour le diagnostic et fixe des angles de maintien du bras ainsi que des durées quotidiennes d’exposition. Les syndicats et la FNATH y voient un durcissement. Les reconnaissances ont ensuite nettement baissé, ce que les défenseurs de la réforme admettent, y voyant la correction de reconnaissances devenues trop larges.
Ce que change la reconnaissance
Quand la caisse primaire admet le caractère professionnel, la situation relève du régime AT-MP. Le salarié bénéficie de prestations spécifiques et d’une protection de son emploi. L’employeur supporte des coûts directs et un risque de hausse de sa cotisation. Hors faute inexcusable, la réparation reste forfaitaire, selon les règles propres au régime. Elle ne vise donc pas à indemniser séparément l’ensemble des préjudices réellement subis.
Pour le salarié
Quatre effets principaux (articles L. 431-1 et suivants du code de la sécurité sociale)
- Soins pris en charge intégralement
- Sur simple présentation de la feuille d'accident, la victime n'avance aucun frais, jusqu'à la guérison ou la consolidation. La prise en charge couvre les dépenses médicales, chirurgicales et pharmaceutiques ainsi que les frais annexes : transports, réadaptation fonctionnelle, rééducation professionnelle et reclassement si nécessaire.
- Indemnités journalières majorées
- Elles sont versées sans délai de carence. Le jour de l'accident reste payé par l'employeur. Elles sont calculées sur un salaire journalier de base établi d'après la rémunération du mois civil précédant l'arrêt : 60% pendant les 28 premiers jours, puis 80% à partir du 29e. Pour un sinistre survenu avant le 1ᵉʳ novembre 2026, le salaire journalier retenu est plafonné à 0,834% du plafond annuel de la sécurité sociale, fixé à 48 060 € en 2026. L'indemnité maximale est de 240,49 € jusqu'au 28e jour, puis de 320,66 €. Pour un sinistre survenant à compter du 1ᵉʳ novembre 2026, le décret n° 2026-909 du 30 septembre 2026 ramènera ce plafond à 0,226%, soit l'équivalent de 1,8 SMIC. L'indemnité maximale sera de 65,17 €, puis de 86,90 €. L'écart est en partie reporté sur l'employeur, qui doit le complément légal de salaire aux salariés ayant au moins un an d'ancienneté (article L. 1226-1 du code du travail). L'indemnité ne peut dépasser le gain journalier net. Pour un sinistre intervenant à compter du 1ᵉʳ janvier 2027, les indemnités pourront être servies pendant quatre ans au plus. Un nouveau délai de quatre ans pourra courir après une reprise du travail d'au moins un an (LFSS pour 2026, décret n° 2026-501 du 12 juin 2026). Pour les percevoir, il faut une incapacité médicalement reconnue et une cessation effective d'activité. La victime doit respecter les prescriptions et les heures de sortie et se soumettre aux contrôles de la caisse.
- Réparation de l'incapacité permanente
- À la consolidation, la caisse fixe un taux d'incapacité permanente. Sous 10%, un capital est versé. À partir de 10%, une rente est attribuée à vie. Pour les victimes dont la consolidation interviendra à compter du 1ᵉʳ novembre 2026, l'indemnisation distinguera deux parts. La part professionnelle réparera la perte de gains et l'incidence sur la carrière. La part fonctionnelle réparera le déficit fonctionnel permanent : atteintes physiques et psychiques, douleurs et troubles dans les conditions d'existence. Le seuil de 10% ouvrant droit à la rente s'appréciera sur le taux d'incapacité professionnelle (article 90 de la loi n° 2025-199 du 28 février 2025, décrets n° 2026-354 et n° 2026-355 du 7 mai 2026). Le taux est révisable dans les deux sens si l'état évolue, notamment pour les troubles psychiques. Il se conteste devant la commission médicale de recours amiable, puis devant le pôle social du tribunal judiciaire, qui a repris en 2019 les attributions des tribunaux du contentieux de l'incapacité.
- Protection contre le licenciement
- Le contrat est suspendu après un accident du travail ou une maladie professionnelle. La rupture n'est possible que pour faute grave ou en cas d'impossibilité de maintenir le contrat pour une raison étrangère à l'accident ou à la maladie (article L. 1226-9 du code du travail).
Pour l’employeur
Des coûts directs et indirects
L’employeur supporte la perte de production et le coût du remplacement, par des heures supplémentaires ou de l’intérim, jamais remboursés par la caisse. Un complément de salaire est souvent dû en application de la loi, d’une convention collective ou du contrat, pour maintenir tout ou partie du salaire net. Certaines entreprises s’assurent par un contrat de prévoyance. En cas de maintien du salaire, l’employeur perçoit directement les indemnités journalières par subrogation et les reverse intégralement au salarié. La baisse du plafond des indemnités journalières au 1ᵉʳ novembre 2026 alourdira ce complément pour les salaires élevés.
L'effet sur la cotisation
La reconnaissance aggrave la sinistralité de l’établissement, prise en compte chaque année dans le taux. L’effet est presque nul en taux collectif, partiel en taux mixte et complet en taux individuel. Un sinistre pèse pendant trois ans. Le taux s’appuie sur les trois derniers exercices connus, soit, pour 2026, 2022, 2023 et 2024, l’année précédente n’étant pas consolidée.
L'indépendance des rapports
Les relations entre la caisse et la victime sont indépendantes de celles entre la caisse et l’employeur. L’employeur peut contester la prise en charge pour la faire déclarer inopposable. La victime conserve la reconnaissance et les prestations. Seule est en jeu l’imputation au compte de l’employeur, donc sa cotisation. Le contentieux relève de la commission de recours amiable, puis du pôle social, avec d’importantes questions de preuve et de procédure (voir la Note sur la péremption d’instance devant les pôles sociaux).
Faire payer selon la sinistralité
La tarification fait contribuer les entreprises selon la sinistralité reconnue, à l’échelle de leurs établissements ou de leur secteur. Elle ne mesure donc pas directement toutes les expositions. Sa mise en œuvre varie selon la taille.
Moins de 20 salariés
Le taux collectif est fondé sur la sinistralité moyenne du secteur. Les efforts propres à l’établissement n’entraînent pas de modulation individuelle de ce taux.
De 20 à 149 salariés
Le taux mixte combine la sinistralité du secteur et celle de l’entreprise, dont la part croît avec l’effectif.
150 salariés et plus
Le taux individuel est fondé sur la sinistralité passée de chaque établissement. Le lien tarifaire avec les sinistres propres est ici le plus direct, ce qui ne suffit pas à classer l’efficacité réelle de la prévention selon la taille.
La mécanique du taux
La caisse primaire
Elle instruit la déclaration, admet ou refuse le caractère professionnel et indemnise la victime.
La Carsat
Son service de tarification affecte les sinistres au compte de l’établissement, calcule et notifie chaque année le taux. Son service de prévention contrôle et conseille. En Île-de-France, la Cramif tient ce rôle.
L'Urssaf
Elle recouvre les cotisations, entièrement patronales.
Les paramètres de calcul
- Établissement et code risque
- Le taux est notifié par établissement, identifié par son numéro SIRET. Le mode de tarification dépend de l'effectif de l'entreprise, identifiée par son numéro SIREN. Chaque établissement est rattaché à un code risque selon son activité principale, qui renvoie à la sinistralité de référence du secteur.
- Fraction individuelle du taux mixte
- Elle se calcule ainsi : 0,1 + 0,9 × (effectif − 20) / 130. Elle vaut 10% à 20 salariés et 100% à 150.
- Taux brut
- C'est le coût du risque rapporté à la masse salariale des trois derniers exercices, multiplié par 100. En taux collectif, il repose sur les dépenses de réparation effectivement engagées dans le secteur. En taux mixte ou individuel, il repose depuis 2012 sur des coûts moyens forfaitaires selon la gravité de chaque sinistre.
- Coûts moyens
- Ce sont les dépenses de chaque tranche de gravité divisées, sur trois ans, par le nombre de sinistres correspondants. Pour l'incapacité temporaire, six tranches sont définies selon la durée d'arrêt prescrite : moins de 4 jours, 4 à 15 jours, 16 à 45 jours, 46 à 90 jours, 91 à 150 jours, plus de 150 jours. Pour l'incapacité permanente, quatre tranches sont distinguées : moins de 10%, 10 à 19%, 20 à 39%, 40% et plus ou décès. La durée retenue est celle de l'arrêt prescrit. Une reprise anticipée n'est prise en compte que si le médecin l'a validée. Dans le bâtiment et les travaux publics, les coûts moyens d'incapacité permanente sont différenciés selon le gros œuvre, le second œuvre et les fonctions support.
- Majorations
- Elles permettent de passer au taux net. M1 couvre les accidents de trajet, M2 les charges générales de la branche, M3 la compensation entre régimes et le compte spécial, qui retrace notamment les maladies non rattachables à un employeur précis, M4 les départs anticipés liés à la pénibilité.
- Butoirs
- Au-dessus de 4%, la hausse annuelle est limitée à 25% du taux précédent et la baisse à 20%. En dessous, la hausse est limitée à 1 point et la baisse à 0,8 point.
- Taux unique
- Depuis 2012, une entreprise dont plusieurs établissements ont la même activité peut opter, pour un ou plusieurs risques, pour un taux calculé par la Carsat du siège. La gestion est simplifiée, mais l'option est irréversible.
Ce que l'on sait de l'effet préventif
Une étude de l’IRDES conclut à un effet préventif de la tarification dans les petites entreprises, notamment après la réforme de 2010 à 2014, qui renforçait l’individualisation dans les entreprises au taux mixte. En décembre 2022, la Cour des comptes exprime des doutes sur l’efficacité des aides financières des Carsat aux entreprises engagées dans la prévention. Le fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle, créé par la loi de financement rectificative du 14 avril 2023, pourrait rencontrer des difficultés similaires, même si ce rapport, antérieur à sa création, ne l’évalue pas. Le modèle a inspiré le bonus-malus des contributions d’assurance chômage.
La sous-déclaration, symptôme d'un système
De nombreux accidents ne sont jamais déclarés, plus encore pour les maladies professionnelles. Salarié et employeur s’en accommodent parfois pour ne pas alourdir la cotisation. L’assurance maladie prend alors les soins en charge, puis la branche AT-MP la rembourse chaque année. Une commission indépendante en estime le coût tous les trois ans : entre 2 et 3,8 milliards d’euros en 2024, contre 1,2 à 2,1 milliards en 2021. Le versement annuel s’élève à 1 milliard jusqu’en 2021, 1,1 milliard en 2022, 1,2 milliard en 2023 et 2024, puis 1,6 milliard en 2025 et 2026. Le PLFSS pour 2027 propose 2 milliards d’euros.
La sinistralité en chiffres
- 551 225 Accidents du travail 2025, +0,3% : fin de la baisse continue observée depuis 2021
- 783 Accidents du travail mortels reconnus 2025, contre 764 en 2024, 759 en 2023 et 738 en 2022
- 96 306 Accidents de trajet 2025, +1,7%, dont 344 décès (261 sur la route)
- 1 331 Décès tous risques confondus 2025, dont 783 accidents du travail, 344 accidents de trajet et 204 maladies professionnelles
Des évolutions récentes
On compte 555 803 accidents du travail en 2023, 549 614 en 2024, puis une légère remontée en 2025. La baisse depuis 2020 tenait en partie au télétravail et à l’activité partielle. Les décès progressent chaque année depuis 2022. En 2024, les malaises expliquaient plus de la moitié des accidents mortels.
Sur longue période, la fréquence a fortement reculé avec la tertiarisation : 1,2 million d’accidents avec arrêt en 1965, soit environ deux fois plus qu’aujourd’hui. La gravité augmente toutefois depuis le début des années 2000, qu’il s’agisse des jours d’arrêt ou des taux moyens d’incapacité permanente. Les intérimaires et les nouveaux embauchés, souvent jeunes, subissent des accidents plus fréquents et plus graves.
Les causes des accidents (répartitions de 2023)
Les manutentions manuelles causent environ la moitié des accidents du travail. Les chutes de plain-pied en causent 15 à 20% et les chutes de hauteur plus de 10%. Le vélo ou la trottinette représentent 8,5% des accidents de trajet en 2023, soit 3,6 points de plus qu’en 2019. Le secteur sanitaire, social et médico-social, la métallurgie et le BTP concentrent les sinistres. Les troubles musculo-squelettiques représentent près de neuf maladies professionnelles reconnues sur dix.
Une sinistralité qui distingue la France
Selon Eurostat, la France compte en 2021 environ 3,3 décès par accident du travail pour 100 000 salariés, contre 0,8 en Allemagne et en Suède, 1,9 en Espagne et 2,7 en Italie. La moyenne de l’Union est de 1,8. Une partie de l’écart tient au décompte : la France compte tout décès survenu au travail, y compris par malaise, tandis que d’autres pays sous-déclarent ces décès. Cette explication reste partielle. Le plan pour la prévention des accidents graves et mortels 2022-2025 a été actualisé en 2024. Pourtant, 783 accidents mortels ont été reconnus en 2025. Ce plan est désormais intégré au cinquième plan santé au travail, présenté le 5 juin 2026 pour la période 2026-2030, qui vise notamment les malaises mortels.
Les mesures du projet pour 2027 et la baisse du plafond des indemnités
Le projet de loi de financement a été déposé le 1ᵉʳ octobre 2026. Les dispositions suivantes sont soumises au Parlement, certaines n’étant connues que par l’annexe. L’objectif de dépenses de la branche est fixé à 19,5 milliards d’euros pour l’ensemble des régimes obligatoires de base. Le versement au titre de la sous-déclaration augmente. La tarification serait réformée : le taux AT-MP serait relevé en contrepartie d’une baisse des cotisations maladie. Le projet de loi de finances modifierait l’imposition des indemnités journalières AT-MP, aujourd’hui imposables pour la moitié de leur montant.
La baisse du plafond des indemnités journalières relève en revanche d’un décret adopté, le décret n° 2026-909 du 30 septembre 2026. Ses dispositions s’appliqueront aux sinistres survenant à compter du 1ᵉʳ novembre 2026. Elle est justifiée par la dégradation rapide du solde de la branche et la volonté de responsabiliser les employeurs.
Débats structurants
La réparation forfaitaire se justifie-t-elle encore ?
Le maintien du compromis
Le forfait est la contrepartie d'une responsabilité sans faute, qui évite à la victime de devoir établir un manquement de l'employeur. Il n'exclut pas les litiges sur la reconnaissance du sinistre. La sécurité recherchée pour les victimes et les entreprises constitue l'argument en faveur de son maintien.
Une inégalité devenue visible
Les victimes d'accidents de la circulation ou d'accidents médicaux sont indemnisées intégralement, tandis que le salarié blessé au travail ne reçoit qu'un forfait, sauf faute inexcusable.
Une évolution par la jurisprudence puis par la loi
Les juges ont contourné le forfait par l'élargissement de la faute inexcusable depuis 2002, la réparation des préjudices non couverts depuis 2010 et l'exclusion du déficit fonctionnel permanent de la rente en 2023. La LFSS pour 2025 a répondu en intégrant ce déficit à l'indemnisation, sous la forme d'une part fonctionnelle, pour les victimes dont la consolidation interviendra à compter du 1er novembre 2026. Le forfait se rapproche du dommage réel sans disparaître.
Ce qu'il faut retenir
La loi de 1898 a échangé une responsabilité sans faute contre une indemnisation forfaitaire. Les tableaux protègent efficacement les victimes, dans les limites qu’ils fixent. La reconnaissance protège le salarié, l’employeur pouvant contester l’imputation du sinistre. La tarification individualise davantage le coût dans les grandes entreprises, mais les résultats empiriques invitent à ne pas écarter son effet dans les petites. La sous-déclaration reporte des dépenses sur l’assurance maladie, auxquelles répond un transfert compensatoire. La branche peut ainsi devenir une variable d’ajustement financier.
Sources et références
- Loi du 9 avril 1898 concernant les responsabilités des accidents dont les ouvriers sont victimes dans leur travail
- Loi n° 46-2426 du 30 octobre 1946 sur la prévention et la réparation des accidents du travail et des maladies professionnelles
- Code de la sécurité sociale, livre IV, articles L. 411-1, L. 431-1, L. 433-1, L. 434-2, L. 452-1 et L. 461-1 (s'ouvre dans un nouvel onglet)
- Code du travail, articles L. 1226-1 et L. 1226-9
- Loi n° 2025-199 du 28 février 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2025 article 90, réforme de l'indemnisation de l'incapacité permanente
- Décrets n° 2026-354 et n° 2026-355 du 7 mai 2026 parts professionnelle et fonctionnelle de l'incapacité permanente
- Décret n° 2026-501 du 12 juin 2026 durée maximale de versement des indemnités journalières AT-MP
- Décret n° 2026-909 du 30 septembre 2026 limite de rémunération servant au calcul des indemnités journalières AT-MP
- Ameli, montants maximums des indemnités journalières (s'ouvre dans un nouvel onglet) 2026
- Cour de cassation, chambre sociale, 28 février 2002, arrêts « amiante », n° 99-18.389 et suivants
- Cour de cassation, chambre sociale, 25 novembre 2015, Air France, n° 14-24.444
- Cour de cassation, assemblée plénière, 20 janvier 2023, n° 20-23.673 et n° 21-23.947
- Conseil constitutionnel, décision n° 2010-8 QPC du 18 juin 2010
- Commission instituée par l'article L. 176-2 du code de la sécurité sociale, rapport sur la sous-déclaration (s'ouvre dans un nouvel onglet) 2024
- Assurance maladie, Risques professionnels, rapport annuel 2025 octobre 2026
- Cour des comptes, travaux sur la prévention des risques professionnels décembre 2022
- Plan santé au travail 2026-2030 présenté le 5 juin 2026
- Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, n° 3211 articles 44 et 45
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