Accompagner : familles, âges de la vie et autonomie
L'architecture et l'équité du système de retraite
Le système de retraite français s'est construit par strates. Il compte des dizaines de régimes aux règles différentes. Cette Note retrace cette construction et compare les modes de calcul. Elle examine ensuite l'équité entre public et privé, la réversion, les écarts entre femmes et hommes et le sort des générations.
L’ambition d’unification de 1945 s’est heurtée au maintien et à la création de régimes professionnels. Le système s’est donc formé par couches successives. Il compte aujourd’hui plusieurs dizaines de régimes aux règles distinctes, un nombre qui ne coïncide pas avec celui des organismes qui les gèrent. S’interroger sur son caractère égalitaire conduit à poser deux questions. Tous les assurés sont-ils soumis aux mêmes règles ? Les pensions traduisent-elles équitablement les carrières ? Deux lignes de fracture traversent en outre l’ensemble : entre femmes et hommes et entre générations.
L’équilibre financier, les réformes des paramètres et le niveau de vie des futurs retraités sont étudiés dans les Notes sur la soutenabilité du système de retraite.
Une construction en strates
Les étapes de l'assurance vieillesse
- 5 avril 1910 La loi sur les retraites ouvrières et paysannes crée le premier régime obligatoire, financé par l'ouvrier, l'employeur et l'État. La Cour de cassation en limite la portée dès 1911-1912.
- 1928-1930 Les lois sur les assurances sociales instituent un régime légal pour les salariés. Il combine capitalisation et répartition et comporte un plafond d'affiliation.
- 14 mars 1941 L'allocation aux vieux travailleurs salariés fait de la répartition le seul mode de financement.
- 1945 Les ordonnances fondatrices de la Sécurité sociale consacrent la répartition. Elles conservent les régimes spéciaux existants.
- 1947 et 1961 Des accords entre partenaires sociaux créent l'AGIRC pour les cadres, puis l'ARRCO pour les autres salariés.
- 29 décembre 1972 La loi impose la retraite complémentaire à tous les salariés du privé.
- 1er janvier 2019 L'AGIRC et l'ARRCO fusionnent en un régime unique.
- 1er janvier 2024 Cinq régimes spéciaux sont fermés aux nouveaux embauchés, qui relèvent désormais du régime général.
Des débuts difficiles
Après vingt ans de débats, la loi du 5 avril 1910 crée la première retraite obligatoire. La Cour de cassation la vide presque aussitôt de sa portée en la rendant facultative. Les pensions sont minuscules. L’âge de 65 ans dépasse l’espérance de vie de la plupart des ouvriers. La guerre de 1914-1918 anéantit ensuite les réserves constituées. Elle montre pour la première fois combien la capitalisation est vulnérable en temps de crise.
Les lois de 1928 et 1930 protègent ensuite les salariés liés par un contrat de travail contre plusieurs risques. Elles reposent sur des cotisations réparties entre employeurs et salariés et sur un mécanisme mixte. Leur plafond d’affiliation exclut toutefois les rémunérations élevées. Celles-ci s’organisent en dehors.
La loi du 14 mars 1941 fait passer le système à la répartition. L’allocation qu’elle institue reste très restrictive. Elle est réservée aux travailleurs français âgés et sans ressources. Elle vise aussi à libérer des emplois. Faute de ressources propres, elle consomme des réserves déjà ravagées par la guerre.
1945 : la répartition par nécessité
Les fondateurs de la Sécurité sociale choisissent la répartition parce que la capitalisation vient de s’effondrer deux fois. Ce choix change la logique du financement. Les pensions d’une année sont payées par les prélèvements de la même année. L’équilibre tient donc au nombre de cotisants par retraité, mais aussi au niveau des revenus d’activité, aux taux prélevés et aux règles de calcul des pensions. Le vieillissement, le chômage ou une faible progression des salaires peuvent ainsi créer un besoin de financement.
Le Conseil constitutionnel en a déduit que les cotisations versées ne donnent pas à l’assuré un droit de propriété sur une pension d’un montant déterminé.
Deux logiques jamais départagées
Logique contributive
Inspiration bismarckienne
- La pension reflète les revenus d'activité et les droits accumulés au long de la carrière.
- Elle constitue la contrepartie d'un effort contributif.
- Elle se traduit par les droits propres de l'assuré.
- Elle rend le prélèvement socialement acceptable.
Logique de solidarité
Inspiration beveridgienne
- Des droits sont associés à des périodes non cotisées, comme le chômage, la maladie, la maternité ou l'invalidité.
- Des minima assurent un montant plancher.
- Les droits familiaux et conjugaux obéissent à des logiques propres, au-delà de la compensation des accidents de carrière.
- Elle compense en partie les accidents de carrière.
Une mosaïque de régimes
- 17,3 M Retraités de droit direct fin 2024, en France ou à l'étranger
- 26 Régimes de base dont 19 pour le seul secteur public
- 16 + 3 Régimes complémentaires et additionnels
- 14,7 M Retraités de droit direct du régime général fin 2024, en France ou à l'étranger
Peu de pays connaissent un tel éclatement. Antoine Bozio observe que la plupart des systèmes étrangers se contentent de séparer le public du privé. Ils prévoient parfois un régime pour les indépendants. La particularité française tient à la conservation, en 1945, des régimes déjà en place. Elle tient aussi à l’absence prolongée de volonté politique de les fusionner.
Les grandes familles de régimes
- Régimes alignés
- Ils regroupent le régime des salariés agricoles et le régime général, que gère la CNAV pour les salariés du privé hors agriculture. Depuis la disparition du RSI en 2020, les artisans et commerçants rattachés au régime général en font aussi partie. Les professions libérales relèvent en revanche de régimes propres. Ils obéissent aux mêmes règles. Le salaire de référence porte en principe sur les 25 meilleures années. Pour les retraites prenant effet depuis le 1er septembre 2026, il porte sur 24 années pour les parents qui bénéficient de majorations de durée d'assurance au titre d'un enfant et sur 23 années au titre de deux enfants ou plus. L'Assurance retraite annonce une mise en œuvre informatique courant 2027, avec un recalcul automatique et un rappel rétroactif des pensions concernées. Le taux plein est de 50%. Les cotisations s'arrêtent au plafond de la sécurité sociale (48 060 € par an, soit 4 005 € par mois en 2026).
- Régimes de la fonction publique
- Le service des retraites de l'État couvre les fonctionnaires de l'État. La CNRACL couvre ceux des collectivités territoriales et des hôpitaux. Ces régimes intégrés n'ont pas d'étage complémentaire séparé. Leur taux plein est donc de 75%. Les cotisations portent sur le traitement indiciaire, sans plafond, mais pas sur les primes.
- Régimes spéciaux
- On y trouve notamment les industries électriques et gazières, la SNCF, la RATP, la Banque de France, l'Opéra de Paris, la Comédie-Française et les employés des études notariales. Ils forment la majorité des 26 régimes de base. Ceux que la réforme de 2023 a fermés ne concernent plus que les agents entrés avant le 1er janvier 2024.
- Régime complémentaire des salariés
- L'AGIRC-ARRCO est un régime par points administré par les seuls partenaires sociaux. Il couvre aussi la part du salaire supérieure au plafond de la sécurité sociale, que le régime de base ignore.
- Régimes des agents publics non titulaires et des primes
- L'IRCANTEC a été créée en 1970. La Caisse des dépôts la gère. Elle verse une retraite complémentaire à 2,36 millions d'anciens contractuels (2024). Le RAFP a été institué en 2003 et s'applique depuis 2005. C'est un régime par points en capitalisation qui couvre les primes des titulaires (environ 4,5 millions de cotisants). Son taux est de 10%, dans la limite de 20% du traitement indiciaire.
- Retraite supplémentaire
- Ce troisième étage fonctionne en capitalisation. La loi Pacte du 22 mai 2019 l'a réorganisé sous la forme du plan d'épargne retraite, individuel ou d'entreprise. Sa mise en place peut être facultative. L'adhésion peut en revanche être obligatoire pour les salariés couverts par un dispositif collectif. Il ne représente que 3,3% des prestations versées.
L'AGIRC-ARRCO, poids lourd méconnu
Malgré son nom, ce régime n’a rien d’accessoire. Sa pension peut fournir jusqu’à 40% de la retraite totale d’un salarié du privé. La part est plus forte pour un cadre. En 2024, il a versé 98,1 Md€ à 14 millions de retraités, pour 101,4 Md€ de cotisations encaissées. Il a dégagé un excédent de 4,6 Md€, dont 3 Md€ de résultat financier. Pour 2025, le résultat global publié par le régime s’établit à 1,4 Md€.
Des accords nationaux interprofessionnels le pilotent. Celui du 5 octobre 2023 couvre la période 2024-2026. Il a supprimé le coefficient de solidarité. Depuis 2019, cette minoration temporaire de 10% frappait les salariés qui partaient dès l’obtention du taux plein. Elle a disparu pour les départs intervenus à partir du 1er décembre 2023. Elle a ensuite disparu pour tous les retraités au 1er avril 2024.
La CNRACL en déséquilibre
Le régime des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers a accusé un déficit de 2,5 Md€ en 2023 et de 3,5 Md€ en 2024. Il pourrait atteindre 11 Md€ par an vers 2030. Les employeurs voient leur taux de cotisation augmenter de trois points chaque année de 2025 à 2028.
Les employeurs publics recrutent de plus en plus de contractuels, affiliés au régime général et à l’IRCANTEC. Ce recours peut peser sur l’équilibre des régimes de titulaires. Les choix de recrutement des employeurs publics et la démographie des agents titulaires doivent donc être examinés ensemble, sans qu’il soit possible d’isoler la contribution propre des recrutements au déficit de la CNRACL.
La fermeture des régimes spéciaux
La loi de financement rectificative du 14 avril 2023 a fermé cinq régimes aux nouveaux embauchés : ceux de la RATP, des industries électriques et gazières, des clercs et employés de notaires, de la Banque de France et du Conseil économique, social et environnemental.
Cette extinction progressive respecte les droits des agents en poste. Elle fait toutefois coexister deux statuts dans les mêmes entreprises pendant plusieurs décennies. Le rapport entre cotisants et retraités des régimes fermés se dégrade inévitablement. Leur équilibre dépend de plus en plus de financements extérieurs.
Ce que mesure la contribution de l'État employeur
L’État verse à son propre régime une contribution d’équilibre bien supérieure aux cotisations patronales du privé. On y voit souvent la preuve de pensions de fonctionnaires trop généreuses. Les études disponibles montrent qu’elle reflète surtout un déséquilibre démographique. Le nombre de titulaires est stable depuis vingt ans. Celui des contractuels a augmenté d’environ 150 000 en dix ans. Or leurs cotisations vont au régime général. La modération des traitements depuis une quinzaine d’années freine aussi l’assiette des cotisations. Des transferts de personnels ont en outre été réalisés sans compensation financière. Ce fut le cas pour La Poste, France Télécom ou les personnels techniques de l’Éducation nationale. Le régime a alors servi de structure de défaisance.
Trois façons de calculer une pension
La méthode de calcul n’a rien de purement technique. Elle partage le risque entre l’assuré et la collectivité. Elle fixe la part de solidarité que le régime peut assumer.
Les annuités
Les régimes de base calculent la pension à partir de la durée validée, d’un taux et d’un salaire de référence. Au régime général, on multiplie le salaire annuel moyen par le taux de liquidation, puis par le rapport entre la durée validée dans le régime et la durée exigée. Ce salaire moyen repose en principe sur les 25 meilleures années, ou sur 24 ou 23 années pour les parents concernés depuis septembre 2026.
C’est un régime à prestations définies. Les règles de calcul fixent le niveau de la pension selon la carrière, sans garantir un montant individuel immuable longtemps à l’avance. Le régime porte en principe le risque de financement. Rétablir l’équilibre suppose alors de réviser ses paramètres, en général par la loi.
Les points
L’AGIRC-ARRCO, l’IRCANTEC et le RAFP fonctionnent ainsi. Chaque euro de cotisation achète des points au prix fixé pour l’année. Au départ, le nombre de points acquis est multiplié par leur valeur de service.
C’est un régime à cotisations définies. Aucun taux de remplacement n’est garanti. Le pilotage par les deux valeurs du point fait reposer l’ajustement sur l’assuré.
Les comptes notionnels
La Suède les a adoptés à la fin des années 1990, comme l’Italie. Les cotisations alimentent un compte fictif revalorisé selon la croissance des salaires. Ce compte est ensuite transformé en rente selon l’espérance de vie de la génération.
Si la génération vit plus longtemps, la pension mensuelle baisse automatiquement, pour des droits et un âge de départ identiques. Le régime se rééquilibre ainsi sans intervention du législateur. La part de solidarité du régime relève en revanche d’un choix séparé, que cette mécanique ne tranche pas.
Le projet de système universel (2017-2020)
Entre 2017 et 2020, le haut-commissariat aux retraites a préparé un régime universel par points. Il devait absorber tous les régimes de base et complémentaires. Le projet prolongeait les propositions formulées en 2008 par Thomas Piketty et Antoine Bozio en faveur des comptes notionnels. La CFDT le soutenait. La crise sanitaire de 2020 a eu raison de lui. Les discussions avaient montré qu’il imposait de revoir les grilles de rémunération de professions entières du secteur public. Les enseignants étaient les premiers concernés. Sans cela, leurs pensions auraient baissé. Une réforme dite systémique ne se réduit donc jamais à un réglage technique. Elle redéfinit le contrat social.
Égalité entre secteur public et secteur privé
Une convergence par rattrapage
Depuis 1993, les réformes suivent toujours le même ordre. Le secteur privé passe d’abord. Les régimes publics suivent quelques années plus tard.
La convergence des paramètres
- 1993 La durée exigée passe de 37,5 à 40 ans pour le seul secteur privé.
- 2003 La loi Fillon porte progressivement la fonction publique à 40 ans. Elle y introduit la décote et la surcote.
- 2008 Ce rattrapage s'étend aux régimes spéciaux proprement dits.
- 2010 La loi Woerth relève dans tous les régimes l'âge d'ouverture des droits à 62 ans et l'âge d'annulation de la décote à 67 ans. Elle aligne progressivement la cotisation salariale des fonctionnaires, de 7,85% à 10,55% en 2020. La réforme de 2014 la porte à 11,10% à cette date.
- 2014 La loi du 20 janvier 2014 porte progressivement la durée exigée à 43 ans pour les générations nées à partir de 1973.
- 2023 La réforme relève l'âge légal de 62 à 64 ans et accélère le calendrier de 2014 dans tous les régimes. Les principaux régimes spéciaux ne reçoivent plus de nouveaux affiliés à compter du 1er janvier 2024.
- 30 décembre 2025 La loi de financement pour 2026 décale le calendrier de l'âge légal et de la durée exigée. Pour les pensions prenant effet depuis le 1er septembre 2026, les assurés nés en 1964 et au premier trimestre 1965 partent à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres. Ceux nés d'avril à décembre 1965 partent à 63 ans avec 171 trimestres. Les 172 trimestres sont exigés dès la génération 1966 et l'âge atteint 64 ans pour les générations nées à partir de 1969.
Ce décalage ne gèle donc pas uniformément les paramètres. Il ralentit leur progression selon la génération. La convergence porte ainsi sur l’âge et la durée. Faute de réforme systémique, les règles de calcul restent en revanche profondément différentes.
Salariés du secteur privé
Régime général et AGIRC-ARRCO
- Le salaire de référence est celui des 25 meilleures années, primes incluses (24 ou 23 pour les parents concernés depuis septembre 2026).
- Le taux plein est de 50% au régime de base.
- L'assiette du régime de base s'arrête au plafond de la sécurité sociale.
- L'étage complémentaire, en points, couvre toute la carrière.
Fonctionnaires
Service des retraites de l'État et CNRACL
- Le traitement de référence est celui des six derniers mois, sans les primes.
- Le taux plein est de 75% dans un régime unique.
- Le traitement indiciaire n'est pas plafonné.
- Les primes ne sont couvertes que par le RAFP, dans une limite étroite.
Cette différence d’assiette produit des effets contraires selon les métiers. Les fonctionnaires très primés, en particulier les cadres, cotisent sur une petite partie de ce qu’ils gagnent. Une large part de leur rémunération est ignorée dans le calcul de la pension. Ceux qui touchent peu de primes, comme les enseignants, bénéficient au contraire d’un traitement de référence proche de leur rémunération effective en fin de carrière.
Une comparaison souvent mal posée
La DREES a appliqué les règles du privé aux carrières réelles de fonctionnaires (Aubert et Plouhinec, 2017). Elle conclut que les écarts moyens de pension sont faibles. La majorité des fonctionnaires nés en 1958, plus des deux tiers, auraient même obtenu davantage sous les règles du privé. Les effets varient selon les catégories. Les agents les mieux payés y auraient notamment perdu, à cause du plafond de la sécurité sociale. Des règles différentes ne prouvent donc pas que les fonctionnaires soient en moyenne avantagés. L’harmonisation des règles reste toutefois défendable pour rendre le système plus lisible et mieux accepté.
La réversion, chantier inachevé
La pension de réversion est un droit dérivé. Elle revient au conjoint survivant à partir des droits acquis par l’assuré décédé. Les femmes vivent plus longtemps. Elles en sont donc de loin les principales bénéficiaires. Fin 2024, elles représentent 87% des 4,4 millions de bénéficiaires d’une pension de droit dérivé, tous régimes français confondus. Chaque régime en fixe différemment tous les paramètres.
Des règles propres à chaque régime
- Régime général
- Le survivant reçoit 54% de la pension du défunt à partir de 55 ans, si ses ressources ne dépassent pas un plafond. Un remariage ne supprime pas le droit. Les revenus du nouveau foyer entrent toutefois dans le calcul.
- AGIRC-ARRCO
- Le survivant reçoit 60% des points du défunt à partir de 55 ans, sans condition de ressources. Il perd ce droit s'il se remarie.
- Fonction publique
- Le survivant reçoit 50% de la pension du défunt, sans condition d'âge ni de ressources. Une durée minimale de mariage est exigée, sauf si un enfant est né de l'union. Le versement est suspendu en cas de remariage, de pacs ou de concubinage. Cette clause est en pratique peu contrôlée.
Quatre conceptions concurrentes
Ces écarts révèlent l’absence d’accord sur ce qu’est la réversion. L’économiste Henri Sterdyniak distingue quatre conceptions. Dans une conception patriarcale, elle prolonge le devoir d’entretien qui pesait sur le mari. Dans une conception patrimoniale, c’est un droit constitué par le couple. Dans une conception d’assistance, elle assure un revenu minimal au survivant. Dans une conception assurantielle, elle maintient le niveau de vie après le décès.
Le projet universel de 2019-2020 avait choisi cette dernière. Le survivant aurait été assuré de percevoir 70% du total des pensions du couple. La réversion aurait comblé la différence avec sa propre pension. Il s’agissait de compenser la perte des économies que procure la vie commune. Après l’abandon du projet, la question a été renvoyée au Conseil d’orientation des retraites, comme lors des réformes antérieures. Aucun accord politique ne se dessine.
Les inégalités entre femmes et hommes
- −37% Écart de pension de droit direct femmes par rapport aux hommes, majoration pour trois enfants comprise
- −25% Écart une fois la réversion incluse fin 2024
- 1 752 € Pension moyenne brute de droit direct par mois, fin 2024 (1 693 € avec les retraités à l'étranger)
- 7% Écart projeté vers 2060 OCDE
L’écart de pension accumule les inégalités de la vie active. Les femmes travaillent moins souvent. Elles interrompent plus souvent leur carrière. Elles gagnent environ 22% de moins dans le privé. Elles occupent plus de trois fois plus souvent un emploi à temps partiel. Comme elles vivent plus longtemps, elles sont aussi plus nombreuses parmi les retraités très âgés aux pensions faibles.
L’écart se réduit néanmoins. Il était de 50% en 2004. Ce recul tient surtout à l’effet de noria. Les anciennes générations sont remplacées par des retraitées aux carrières plus complètes. La nature de l’écart change aussi. Les interruptions de carrière comptent de moins en moins. Les différences de salaire en cours de carrière en deviennent la principale cause. Les discriminations et le temps partiel après les naissances les nourrissent.
Faut-il compter la réversion ?
Réversion comprise, l’écart tombe à 25%. Ce calcul est contestable. Il fait dépendre le niveau de vie de la retraitée de la durée de son mariage et du décès de son conjoint. Il ne repose pas sur ses propres droits. Il faut donc toujours présenter les deux mesures côte à côte.
Des droits familiaux mal ciblés
Les majorations de durée d'assurance
Dans le privé, chaque enfant donne droit à huit trimestres. Quatre sont accordés au titre de la maternité et réservés à la mère. Quatre autres sont accordés au titre de l’éducation. Les parents peuvent se les répartir dans les six mois qui suivent le quatrième anniversaire de l’enfant. Depuis la réforme de 2023, la mère en conserve toutefois au moins deux. Faute de choix, ils reviennent à la mère. La fonction publique n’accorde que deux trimestres liés à l’accouchement.
Une part croissante de ces trimestres reste sans effet. Les bénéficiaires obtiennent souvent déjà le taux plein au titre de l’inaptitude ou d’une carrière longue. D’autres réunissent déjà la durée exigée. Depuis le 1er septembre 2026, jusqu’à deux trimestres de majoration liés aux enfants peuvent compter pour l’accès à la retraite anticipée pour carrière longue.
La majoration pour trois enfants
Tous les régimes relèvent de 10% la pension des parents qui ont eu au moins trois enfants. La fonction publique y ajoute 5% par enfant au-delà du troisième, sans équivalent dans le privé. Cette majoration est proportionnelle à la pension. Elle profite donc davantage aux hauts revenus. Elle bénéficie autant aux pères qu’aux mères. Elle ignore les mères d’un ou deux enfants.
Le rapport Moreau (2013) suggérait d’en faire un montant forfaitaire. Le projet universel prévoyait une majoration de 5% dès le premier enfant, attribuée par défaut à la mère. En mars 2025, la DREES a simulé trois scénarios de réforme.
L'effet propre de la réforme de 2023
D’après la DREES, la réforme prolonge l’activité de neuf mois pour les femmes nées en 1972. Elle la prolonge de cinq mois pour les hommes de la même génération. Pour la génération 1983, l’écart entre les sexes serait encore de quatre mois. Il se serait effacé sans la réforme. Les mères qui ont atteint la durée exigée grâce à leurs majorations doivent attendre l’âge légal sans gagner de droits supplémentaires. Une surcote accessible dès 63 ans a été créée pour corriger en partie cet effet. La suspension votée fin 2025 modifie les calendriers des générations 1964 à 1968, ce qui rend ces chiffrages provisoires.
Les autres dispositifs
L’assurance vieillesse des parents au foyer valide des trimestres pendant les interruptions liées aux enfants ou à l’aide apportée à un proche. Le minimum contributif garantit un plancher aux carrières complètes mal payées. L’allocation de solidarité aux personnes âgées constitue le minimum vieillesse. Elle protège les plus pauvres mais n’atteint pas les pensions intermédiaires. Le projet de loi de financement pour 2027 propose enfin de remplacer la majoration de 10% pour trois enfants par une allocation forfaitaire, dont un décret fixerait le montant. Le Parlement doit encore se prononcer.
Le levier principal se situe avant la retraite
L’OCDE prévoit que l’écart de pension tombera à 7% vers 2060. La progression de l’activité féminine, la réduction des écarts de salaire et le renouvellement des générations l’expliqueraient. Cette évolution n’est pas acquise tant que les femmes portent l’essentiel des adaptations professionnelles liées aux enfants. Les droits familiaux compensent des interruptions de carrière, alors que les écarts de rémunération pèsent de plus en plus dans les inégalités de pension. Ils ne corrigent donc qu’imparfaitement les effets de carrières différenciées. L’égalité professionnelle, la lutte contre le temps partiel subi et le partage du congé parental sont des leviers plus puissants. Leurs effets sur les pensions ne se verront toutefois qu’après plusieurs décennies.
L’angle mort de l’équité entre générations
L’égalité au sein d’une génération ne se sépare pas de l’équité entre générations. C’est l’enjeu le plus lourd. Depuis 1993, les salaires portés au compte sont revalorisés selon les prix. Les pensions futures s’en trouvent réduites par rapport à une indexation sur les salaires, dès lors que ceux-ci progressent plus vite que les prix. Le Conseil d’orientation des retraites anticipe un taux de remplacement plus bas pour les générations nées après le baby-boom.
Des générations inégalement traitées
Selon les projections du Conseil d’orientation des retraites, les personnes nées en 1980 partiront en moyenne à 64,3 ans. C’est plus de trois ans et demi après celles nées en 1950. Les générations nombreuses de l’après-guerre ont liquidé leur pension sous des règles plus avantageuses. Les suivantes financent ces pensions sous des règles plus sévères. Leurs taux de remplacement seront plus faibles.
Un argument resté inaudible
Reculer l’âge légal peut relever le montant servi au départ. En partant plus tard, on acquiert davantage de droits et l’on subit moins souvent la décote. Ce gain dépend de la carrière. Il ne dit rien de la durée pendant laquelle la pension sera perçue. Cet argument a pourtant été presque absent du débat de 2022-2023, centré sur la durée de la retraite.
- Génération 1950 Des règles plus favorables Départ plus de trois ans et demi avant la génération 1980
- Depuis 1993 Des droits revalorisés sur les prix Les pensions futures progressent moins vite que les salaires
- Génération 1980 Départ à 64,3 ans en moyenne Un taux de remplacement plus faible
L'effet inattendu des départs anticipés pour carrière longue
Aubert et Bozio, pour l’Institut des politiques publiques, l’ont montré. Les retraités du dixième le mieux pensionné partent toujours environ trois ans avant ceux du dixième le moins bien pensionné. Les départs anticipés pour carrière longue ont accentué cet écart. Ils profitent surtout à des hommes entrés jeunes dans un emploi stable. Les personnes aux parcours chaotiques en bénéficient moins. Ces départs reposent en effet sur l’âge d’entrée dans la vie active et le nombre de trimestres. Ils ignorent la pénibilité, le salaire et la stabilité de l’emploi.
Débats structurants
Faut-il appliquer les mêmes règles de calcul à tous les régimes ?
Pour l'unification
La diversité des règles alimente le soupçon d'injustice et rend le système incompréhensible. Un barème commun faciliterait le passage d'un secteur à l'autre, que la coordination actuelle des régimes organise mal. Il rendrait aussi visible le coût des solidarités.
Contre une unification brutale
Les écarts moyens de pension entre public et privé sont faibles. Les règles reflètent des politiques de rémunération distinctes. Unifier sans réformer les grilles indiciaires ferait baisser les pensions de professions entières. L'échec du projet de 2019-2020 l'a révélé.
Une convergence graduelle
Deux voies sont plus lentes qu'une refonte systémique mais plus faciles à faire accepter. La première ferme les régimes spéciaux aux nouveaux entrants. La seconde intègre peu à peu les primes dans l'assiette des fonctionnaires.
L'assurance vieillesse doit-elle privilégier la contributivité ou la solidarité ?
La solidarité comme principe
Les trimestres obtenus sans cotisation compensent des interruptions qui n'ont pas été choisies. Les minima comme l'allocation de solidarité aux personnes âgées protègent les plus fragiles. Sans eux, l'écart entre femmes et hommes serait bien plus grand.
Des solidarités mal ciblées
Les droits familiaux bénéficient à tous les parents, que les enfants aient ou non pesé sur leur carrière. La majoration de 10% favorise les hauts revenus. Les départs anticipés pour carrière longue ont creusé les écarts d'âge de départ entre hauts et bas revenus.
Un ciblage à reconstruire
L'enjeu porte moins sur le montant de la solidarité que sur sa destination. Il faudrait rendre les majorations forfaitaires et les réserver aux pertes effectives de revenu. Il faudrait aussi mieux tenir compte de la pénibilité.
Sources et références
- DREES, Les retraités et les retraites (s'ouvre dans un nouvel onglet) édition 2026, publiée le 14 octobre 2026, données fin 2024
- DREES, Retraite : les dispositifs de solidarité représentent 22% des pensions versées aux femmes et 12% pour les hommes (s'ouvre dans un nouvel onglet)
- DREES, simulation de trois scénarios d'évolution de la majoration de pension pour trois enfants (s'ouvre dans un nouvel onglet) mars 2025
- DREES, Aubert et Plouhinec, comparaison des règles de calcul entre fonction publique et régime général 2017
- Aubert et Bozio, Institut des politiques publiques, travaux sur les départs anticipés pour carrière longue 2023
- AGIRC-ARRCO, résultats 2024 et 2025 communiqué du 27 mars 2025 et publication du 31 mars 2026
- AGIRC-ARRCO, suppression du coefficient de solidarité (Service-public.fr) (s'ouvre dans un nouvel onglet)
- Assurance retraite, Des changements dans le calcul de la retraite des parents
- CNAV, circulaire n° 2026-07 du 5 mars 2026 relative à l'âge légal et à la durée d'assurance retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026
- Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023 (s'ouvre dans un nouvel onglet)
- Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 article 104 (salaire de référence des parents) et article 105 (calendrier de l'âge légal et de la durée d'assurance)
- Décrets n° 2026-344 et n° 2026-345 du 7 mai 2026 application du calendrier de l'âge légal et de la durée d'assurance
- Décrets n° 2026-699 et n° 2026-700 du 29 juillet 2026 salaire de référence des parents et trimestres de majoration pour la carrière longue
- Conseil d'orientation des retraites, rapport annuel (s'ouvre dans un nouvel onglet) juin 2026
- Code de la sécurité sociale, livre III et livre VIII (s'ouvre dans un nouvel onglet)
- OCDE, Panorama des pensions projections à l'horizon 2060
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