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Ligne 1 · Dossier Protection sociale Travailler : conditions, droits et risques professionnels

La réparation des risques professionnels (branche AT-MP)

La branche AT-MP repose sur le compromis de 1898 : une indemnisation automatique mais forfaitaire. Ces Notes décrivent la reconnaissance de l'origine professionnelle et ses effets pour le salarié et pour l'employeur. Elles examinent la tarification selon la sinistralité et la sous-déclaration. Elles montrent ainsi pourquoi la branche indemnise mieux qu'elle ne prévient.

Mise à jour le 6 sections env. 22 min de lecture
  • Accidents du travail
  • Maladies professionnelles
  • Faute inexcusable
  • Incapacité permanente
  • Tarification
  • Indemnités journalières
  • Sous-déclaration

La branche accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP) est la plus ancienne de la Sécurité sociale. C’est aussi la plus atypique. Elle repose sur une responsabilité de l’employeur qui ne suppose aucune faute. Seuls les employeurs la financent. Ces deux traits viennent de la loi du 9 avril 1898.

Conçue pour indemniser, peut-elle aussi prévenir ? Ces Notes exposent les règles de réparation et de financement. La suivante examine les angles morts du système et la politique de santé au travail.

Le compromis fondateur

La construction de la branche

  1. 9 avril 1898 La loi pose une responsabilité sans faute de l'employeur pour les accidents du travail. Elle l'assortit d'une réparation forfaitaire.
  2. 25 octobre 1919 Le dispositif s'étend aux maladies professionnelles grâce aux tableaux. Ceux-ci n'en visent alors que deux, le saturnisme et l'hydrargyrisme.
  3. 11 octobre 1946 La médecine du travail est créée. La santé des salariés est placée sous la responsabilité de l'employeur.
  4. 30 octobre 1946 Le risque est intégré à la Sécurité sociale sous la forme d'une branche financée par les seuls employeurs.
  5. 27 janvier 1993 Une voie complémentaire de reconnaissance des maladies professionnelles est ouverte devant des comités régionaux.
  6. 28 février 2002 Dans les arrêts « amiante », la Cour de cassation juge que l'employeur est tenu envers le salarié d'une obligation de sécurité de résultat. Il commet une faute inexcusable s'il avait ou aurait dû avoir conscience du danger sans prendre les mesures nécessaires.
  7. 25 novembre 2015 Dans l'arrêt Air France, la chambre sociale fait de l'obligation de sécurité une obligation de moyens renforcée. L'employeur échappe à sa responsabilité s'il prouve avoir pris toutes les mesures de prévention prévues par le code du travail.
  8. 20 janvier 2023 L'Assemblée plénière de la Cour de cassation juge que la rente ne répare pas le déficit fonctionnel permanent. En cas de faute inexcusable, ce préjudice s'indemnise donc à part.
  9. 1er novembre 2026 Pour les victimes consolidées à partir de cette date, la rente comporte une part professionnelle et une part fonctionnelle (LFSS pour 2025). Pour les sinistres survenus à partir du même jour, le plafond des indemnités journalières est fortement abaissé.

Une couverture plus favorable que l'assurance maladie

La victime d’un risque professionnel est mieux traitée qu’un malade ordinaire. Ses soins sont remboursés à 100%. Elle n’a ni frais à avancer ni ticket modérateur à payer. Ses indemnités journalières sont plus élevées et versées dès le premier jour. La rente d’incapacité permanente repose sur des bases plus avantageuses. Les accidents survenus sur le trajet entre le domicile et le travail sont aussi couverts. L’employeur étant responsable, la branche est logiquement financée en totalité par les cotisations patronales.

La faute inexcusable, brèche dans le forfait

En cas de faute inexcusable de l’employeur, la victime bénéficie d’une rente majorée. Elle peut obtenir réparation de préjudices que le forfait ignore. Depuis la décision n° 2010-8 QPC du 18 juin 2010, elle peut demander l’indemnisation de tous les dommages que le livre IV du code de la sécurité sociale ne couvre pas. La loi de 1898 prévoyait déjà la faute inexcusable. La jurisprudence en a fixé les critères, puis les arrêts « amiante » de 2002 l’ont élargie. En 2023, l’Assemblée plénière y a ajouté la réparation distincte du déficit fonctionnel permanent. Avec la tarification, la faute inexcusable constitue un levier de prévention puissant.

Reconnaître une maladie professionnelle

La présomption par tableaux

Chaque tableau associe une maladie, les travaux susceptibles de la provoquer, une durée minimale d’exposition et un délai de prise en charge. Si le salarié remplit toutes ces conditions, le lien avec le travail est présumé. Il n’a pas à démontrer la causalité.

Le régime général et le régime agricole comptent aujourd’hui plus d’une centaine de tableaux.

Les deux voies complémentaires (article L. 461-1)

Une maladie peut aussi être reconnue hors de cette présomption. Elle peut figurer dans un tableau alors qu’une condition manque, comme le délai, la durée d’exposition ou la liste des travaux. Il faut alors démontrer qu’elle est directement causée par le travail habituel. Elle peut aussi ne figurer dans aucun tableau. Il faut alors établir qu’elle résulte essentiellement et directement du travail habituel. Elle doit en outre avoir entraîné le décès ou une incapacité permanente d’au moins 25%. Dans les deux cas, la caisse statue après l’avis d’un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles. Cet avis s’impose à elle.

Ce que change la reconnaissance

Quand la caisse primaire admet le caractère professionnel d’un accident ou d’une maladie, la situation relève du régime AT-MP. Le salarié bénéficie de prestations spécifiques et d’une protection de son emploi. L’employeur supporte des coûts directs et voit sa cotisation menacée. Hors faute inexcusable, la réparation reste forfaitaire. Elle suit un barème établi à l’avance. Elle ne mesure pas le dommage réellement subi.

Pour le salarié

Quatre effets principaux (articles L. 431-1 et suivants du code de la sécurité sociale)

Soins pris en charge intégralement
Sur simple présentation de la feuille d'accident, la victime n'avance aucun frais. Il en va ainsi jusqu'à sa guérison ou sa consolidation. La prise en charge couvre les dépenses médicales, chirurgicales et pharmaceutiques. Elle couvre aussi les frais annexes nécessaires au traitement, comme les transports, la réadaptation fonctionnelle, la rééducation professionnelle et, si besoin, le reclassement.
Indemnités journalières majorées
Elles sont versées sans délai de carence. Le jour de l'accident reste payé par l'employeur. Elles sont calculées à partir d'un salaire journalier de base, déterminé d'après la rémunération du mois civil qui précède l'arrêt. Elles atteignent 60% de ce salaire pendant les 28 premiers jours, puis 80% à partir du 29e. Ce salaire est plafonné. Pour un sinistre survenu avant le 1er novembre 2026, il ne peut dépasser 0,834% du plafond annuel de la sécurité sociale (48 060 € en 2026). L'indemnité est alors limitée à 240,49 € jusqu'au 28e jour et à 320,66 € ensuite. Le décret n° 2026-909 du 30 septembre 2026 ramène ce plafond à 0,226%, soit l'équivalent de 1,8 SMIC, pour les accidents et maladies survenus depuis le 1er novembre 2026. L'indemnité maximale tombe à 65,17 € puis à 86,90 €. L'écart est en partie reporté sur l'employeur, qui doit le complément légal de salaire aux salariés ayant au moins un an d'ancienneté (article L. 1226-1 du code du travail). L'indemnité ne peut pas non plus dépasser le gain journalier net. Pour les arrêts liés à un sinistre intervenu à compter du 1er janvier 2027, sa durée de versement est en outre limitée à quatre ans par période d'incapacité (LFSS pour 2026, décret n° 2026-501 du 12 juin 2026). Pour la percevoir, la victime doit être médicalement reconnue incapable de travailler et cesser effectivement son activité. Elle doit aussi respecter les prescriptions et les heures de sortie et se soumettre aux contrôles de la caisse.
Réparation de l'incapacité permanente
Si des séquelles demeurent à la consolidation, la caisse fixe un taux d'incapacité permanente. Sous 10%, la victime perçoit un capital. À partir de 10%, elle perçoit une rente à vie. Pour les victimes consolidées depuis le 1er novembre 2026, l'indemnisation comprend deux parts. La part professionnelle compense la perte de gains et l'incidence de l'incapacité sur la carrière. La part fonctionnelle répare le déficit fonctionnel permanent, c'est-à-dire les atteintes physiques et psychiques, les douleurs et les troubles dans les conditions d'existence. Le seuil de 10% ouvrant droit à la rente s'apprécie alors sur le taux d'incapacité professionnelle (article 90 de la loi n° 2025-199 du 28 février 2025, décrets n° 2026-354 et n° 2026-355 du 7 mai 2026). Le taux peut être révisé dans les deux sens si l'état de santé évolue, en particulier pour les troubles psychiques. Pour le contester, il faut d'abord saisir la commission médicale de recours amiable. On peut ensuite saisir le pôle social du tribunal judiciaire. Celui-ci a repris en 2019 les attributions des anciens tribunaux du contentieux de l'incapacité.
Protection contre le licenciement
Le contrat est suspendu à la suite d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle. Pendant cette période, l'employeur ne peut le rompre qu'en cas de faute grave du salarié. Il le peut aussi s'il lui est impossible de maintenir le contrat pour une raison sans rapport avec l'accident ou la maladie (art. L. 1226-9 CT).

Pour l’employeur

Des coûts directs et indirects

L’employeur supporte d’abord la perte de production et le coût du remplacement du salarié, en heures supplémentaires ou en intérim. La caisse ne les rembourse jamais. Il verse souvent un complément de salaire, prévu par la loi, la convention collective ou le contrat, pour maintenir tout ou partie du salaire net. Certaines entreprises s’assurent contre cette charge par un contrat de prévoyance. S’il maintient le salaire, l’employeur peut recevoir directement les indemnités journalières par subrogation. Il doit alors les reverser intégralement au salarié. La baisse du plafond des indemnités journalières au 1er novembre 2026 alourdit ce complément pour les salaires élevés.

L'effet sur la cotisation

La reconnaissance aggrave la sinistralité de l’établissement. La caisse en tient compte chaque année pour calculer le taux de cotisation. L’effet dépend de la taille de l’entreprise. Il est presque nul en taux collectif, partiel en taux mixte et complet en taux individuel. Un sinistre pèse pendant trois ans. Le taux d’une année s’appuie en effet sur les trois derniers exercices connus. Pour le taux de 2026, ce sont 2022, 2023 et 2024, car l’année précédente n’est pas encore consolidée.

Deux relations indépendantes
Caisse primaire d'assurance maladie Instruit et reconnaît le sinistre
Victime La reconnaissance lui reste acquise, avec les prestations
Employeur Peut obtenir l'inopposabilité : le sinistre sort alors de son compte
Aucune voie ne relie la victime à l'employeur : ce que l'employeur obtient contre la caisse ne retire rien à la victime.

Faire payer selon la sinistralité

La cotisation AT-MP dépend des accidents et maladies attribués à l’entreprise ou à son secteur d’activité. Le principe est simple. Plus une entreprise expose ses salariés, plus elle paie. Sa mise en œuvre varie toutefois selon la taille de l’établissement.

Moins de 20 salariés

L’entreprise acquitte un taux collectif, fondé sur la sinistralité moyenne de son secteur. Ses propres efforts de prévention ne changent presque rien à sa cotisation.

De 20 à 149 salariés

Le taux mixte combine la sinistralité du secteur et celle de l’entreprise. La part de cette dernière croît avec l’effectif.

150 salariés et plus

Le taux individuel ne dépend que de la sinistralité passée de l’entreprise. C’est dans ce cas que la tarification incite le plus à prévenir.

La mécanique du taux

La caisse primaire

Elle instruit la déclaration. Elle admet ou refuse le caractère professionnel du sinistre. Elle indemnise la victime.

La Carsat

Son service de tarification affecte les sinistres au compte de l’établissement. Il calcule puis notifie chaque année le taux. Son service de prévention contrôle et conseille les entreprises. En Île-de-France, la Cramif tient ce rôle.

L'Urssaf

Elle recouvre les cotisations, qui sont entièrement à la charge de l’employeur.

Les paramètres de calcul

Établissement et code risque
Le taux est notifié pour chaque établissement, identifié par son numéro SIRET. Le mode de tarification dépend en revanche de l'effectif de l'entreprise, identifiée par son numéro SIREN. Selon son activité principale, chaque établissement est rattaché à un code risque. Ce code renvoie à la sinistralité de référence de son secteur.
Fraction individuelle du taux mixte
Entre 20 et 149 salariés, la sinistralité propre de l'entreprise pèse d'autant plus que l'effectif est élevé. La formule est la suivante : fraction individuelle = 0,1 + 0,9 × (effectif − 20) / 130. Elle atteint 10% à 20 salariés et 100% à 150.
Taux brut
Il rapporte le coût du risque à la masse salariale des trois derniers exercices connus. Le résultat est multiplié par 100. En taux collectif, le coût du risque correspond aux dépenses de réparation effectivement engagées dans le secteur. En taux mixte ou individuel, il repose depuis 2012 sur des coûts moyens forfaitaires attribués à chaque sinistre selon sa gravité.
Coûts moyens
On les obtient en divisant, sur trois ans, les dépenses de chaque tranche de gravité par le nombre de sinistres correspondant. Il existe six tranches d'incapacité temporaire selon la durée d'arrêt prescrite (moins de 4 jours, 4 à 15, 16 à 45, 46 à 90, 91 à 150, plus de 150 jours). Il existe aussi quatre tranches d'incapacité permanente (moins de 10%, 10 à 19%, 20 à 39%, 40% et plus ou décès). La durée retenue est celle de l'arrêt prescrit. Une reprise anticipée ne compte que si le médecin l'a validée. Dans le bâtiment et les travaux publics, les coûts moyens d'incapacité permanente varient selon le gros œuvre, le second œuvre ou les fonctions support.
Majorations
Pour obtenir le taux net, on ajoute au taux brut quatre majorations mutualisées. M1 couvre les accidents de trajet. M2 couvre les charges générales de la branche. M3 couvre la compensation entre régimes et les dépenses du compte spécial, qui retrace notamment les maladies qu'on ne peut rattacher à un employeur précis. M4 finance les départs anticipés liés à la pénibilité.
Butoirs
Ils évitent les à-coups. Au-dessus de 4%, la hausse annuelle ne peut dépasser 25% du taux précédent. En dessous, elle est limitée à 1 point. La baisse est limitée à 20% au-dessus de 4% et à 0,8 point en dessous.
Taux unique
Depuis la réforme applicable en 2012, une entreprise dont plusieurs établissements exercent la même activité peut opter pour un taux unique. L'option vaut pour un ou plusieurs risques. La Carsat de son siège le calcule. Cette option simplifie la gestion des cotisations. Elle est toutefois irréversible.

Ce que l'on sait de l'effet préventif

Les résultats sont contrastés. Une étude de l’IRDES montre que la tarification a amélioré la prévention dans les petites entreprises. L’effet est net après la refonte du barème réalisée de 2010 à 2014. En décembre 2022, la Cour des comptes a en revanche mis en doute l’efficacité des aides financières que les Carsat versent aux entreprises engagées dans des actions de prévention. Le fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle encourt la même critique. Il a été créé par la loi de financement rectificative du 14 avril 2023. Le modèle a néanmoins inspiré le bonus-malus des contributions d’assurance chômage.

La sous-déclaration, symptôme d'un système

De nombreux accidents ne sont jamais déclarés. C’est plus vrai encore des maladies professionnelles. Le salarié et l’employeur s’en accommodent parfois tacitement, pour ne pas alourdir la cotisation. L’assurance maladie prend alors les soins en charge. La branche AT-MP la rembourse chaque année. Tous les trois ans, une commission indépendante en estime le coût. En 2024, elle l’a évalué entre 2 et 3,8 milliards d’euros, contre 1,2 à 2,1 milliards en 2021. Le versement annuel, resté à 1 milliard d’euros jusqu’en 2021, a atteint 1,1 milliard en 2022 puis 1,2 milliard en 2023 et 2024. Il est passé à 1,6 milliard en 2025 et 2026. Le projet de loi de financement pour 2027 propose de le porter à 2 milliards d’euros.

La sinistralité en chiffres

  • 551 225 Accidents du travail 2025, +0,3% : fin de la baisse continue observée depuis 2021
  • 783 Accidents du travail mortels reconnus 2025, contre 764 en 2024, 759 en 2023 et 738 en 2022
  • 96 306 Accidents de trajet 2025, +1,7%, dont 344 décès (261 sur la route)
  • 1 331 Décès tous risques confondus 2025, dont 783 accidents du travail, 344 accidents de trajet et 204 maladies professionnelles
Assurance maladie, Risques professionnels, rapport annuel 2025 (octobre 2026). Régime général.

Des évolutions récentes

On comptait 555 803 accidents du travail en 2023 et 549 614 en 2024. Leur nombre augmente de nouveau légèrement en 2025. La baisse observée depuis la crise sanitaire de 2020 tenait en partie à l’essor du télétravail et au recours massif à l’activité partielle. Le nombre de décès progresse au contraire chaque année depuis 2022. En 2024, les malaises expliquaient plus de la moitié des accidents mortels.

Sur longue période, la fréquence a fortement reculé avec la tertiarisation. En 1965, on dénombrait 1,2 million d’accidents avec arrêt, soit environ deux fois plus qu’aujourd’hui. La gravité suit pourtant le chemin inverse. Depuis le début des années 2000, le nombre de jours d’arrêt et le niveau moyen des taux d’incapacité permanente augmentent. Les intérimaires et les salariés récemment embauchés, donc souvent les jeunes, subissent des accidents plus fréquents et plus graves.

Les causes des accidents

Les manutentions manuelles causent environ la moitié des accidents du travail. Les chutes de plain-pied en causent 15 à 20%. Les chutes de hauteur en causent plus de 10%. Les accidents à vélo ou en trottinette formaient 8,5% des accidents de trajet en 2023, soit 3,6 points de plus qu’en 2019. Ces répartitions datent de 2023 et n’ont pas été mises à jour. Le secteur sanitaire, social et médico-social, la métallurgie ainsi que le bâtiment et les travaux publics concentrent une grande part des sinistres. Parmi les maladies professionnelles reconnues, les troubles musculo-squelettiques représentent près de neuf cas sur dix.

Débats structurants

La réparation forfaitaire se justifie-t-elle encore ?

Le maintien du compromis

Le forfait est le prix d'une indemnisation automatique et rapide, sans procès ni démonstration d'une faute. Y renoncer soumettrait les victimes aux aléas du contentieux. Les entreprises subiraient une incertitude financière.

Une inégalité devenue visible

La victime d'un accident de la circulation ou d'un accident médical est indemnisée intégralement. Le salarié blessé au travail ne reçoit qu'un forfait, sauf faute inexcusable. Cette différence est de plus en plus difficile à justifier.

Une évolution par la jurisprudence puis par la loi

Le législateur a longtemps conservé le forfait. Les juges l'ont contourné. Ils ont élargi la faute inexcusable depuis 2002 et ouvert en 2010 la réparation des préjudices non couverts. En 2023, ils ont exclu le déficit fonctionnel permanent du champ de la rente. La LFSS pour 2025 a répondu en intégrant ce déficit à la rente, sous la forme d'une part fonctionnelle, pour les victimes consolidées depuis le 1er novembre 2026. Le forfait se rapproche ainsi du dommage réel sans disparaître.

Ce qu'il faut retenir

La loi de 1898 a échangé une responsabilité sans faute contre une indemnisation forfaitaire. Les tableaux protègent efficacement les victimes, mais seulement dans les limites qu’ils fixent. La reconnaissance protège le salarié. Elle laisse à l’employeur la possibilité de contester l’imputation du sinistre. La tarification incite surtout les grandes entreprises et très peu les petites. La sous-déclaration, que la loi elle-même chiffre, montre enfin que la branche sert aussi de variable d’ajustement.

Sources et références

  • Loi du 9 avril 1898 concernant les responsabilités des accidents dont les ouvriers sont victimes dans leur travail
  • Loi n° 46-2426 du 30 octobre 1946 sur la prévention et la réparation des accidents du travail et des maladies professionnelles
  • Code de la sécurité sociale, livre IV, articles L. 411-1, L. 431-1, L. 433-1, L. 434-2, L. 452-1 et L. 461-1
  • Code du travail, articles L. 1226-1 et L. 1226-9
  • Loi n° 2025-199 du 28 février 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2025 article 90, réforme de l'indemnisation de l'incapacité permanente
  • Décrets n° 2026-354 et n° 2026-355 du 7 mai 2026 parts professionnelle et fonctionnelle de l'incapacité permanente
  • Décret n° 2026-501 du 12 juin 2026 durée maximale de versement des indemnités journalières AT-MP
  • Décret n° 2026-909 du 30 septembre 2026 limite de rémunération servant au calcul des indemnités journalières AT-MP
  • Ameli, montants maximums des indemnités journalières 2026
  • Cour de cassation, chambre sociale, 28 février 2002, arrêts « amiante », n° 99-18.389 et suivants
  • Cour de cassation, chambre sociale, 25 novembre 2015, Air France, n° 14-24.444
  • Cour de cassation, assemblée plénière, 20 janvier 2023, n° 20-23.673 et n° 21-23.947
  • Conseil constitutionnel, décision n° 2010-8 QPC du 18 juin 2010
  • Commission instituée par l'article L. 176-2 du code de la sécurité sociale, rapport sur la sous-déclaration 2024
  • Assurance maladie, Risques professionnels, rapport annuel 2025 octobre 2026
  • Cour des comptes, travaux sur la prévention des risques professionnels décembre 2022
  • Plan santé au travail 2026-2030 présenté le 5 juin 2026
  • Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, n° 3211 articles 44 et 45

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