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Ligne 1 · Dossier Protection sociale Financer : ressources et équilibre

Les ressources de la Sécurité sociale

La Sécurité sociale est financée par des cotisations, la CSG et des impôts affectés. Elle perd aussi des recettes du fait des exemptions. Ces Notes identifient les revenus qui la financent. Elles montrent comment l'impôt y a pris une place croissante sans la détacher du travail. Elles évaluent enfin les marges de diversification encore disponibles.

Mise à jour le 6 sections env. 17 min de lecture
  • Financement
  • CSG
  • Cotisations sociales
  • Fiscalité comportementale
  • Exemptions

Les ressources de la Sécurité sociale avoisinent 600 milliards d’euros, soit plus du tiers de la richesse nationale. En 1945, elle a été conçue comme une assurance des salariés alimentée par leurs cotisations. Depuis 1991, elle s’appuie sur une part croissante d’impôts. L’essentiel de son financement repose néanmoins toujours sur les revenus du travail.

Le point de départ est simple : sur quels revenus doit reposer la protection sociale ? Pour y répondre, il faut distinguer les prélèvements et suivre leur évolution. Il faut aussi apprécier ce que chaque assiette peut encore rapporter. Le cadre budgétaire des lois de financement est traité dans les Notes suivantes.

Les notions à distinguer

Les principaux prélèvements

Cotisations sociales
Le Conseil constitutionnel les distingue des impositions de toute nature, car elles donnent vocation à des prestations (décision n° 93-325 DC du 13 août 1993). En droit interne, leur paiement conditionne effectivement certaines prestations en espèces, comme la pension, les indemnités journalières, l'invalidité ou le capital décès. Le Conseil a confirmé cette approche en censurant une réduction des cotisations salariales de retraite réservée aux bas salaires. Ces salariés auraient acquis les mêmes droits que les autres en cotisant moins, ce qui rompait l'égalité (décision n° 2014-698 DC du 6 août 2014). La Cour de justice de l'Union retient un autre critère. Elle s'attache à l'affectation des sommes au financement de la sécurité sociale (De Ruyter, 26 février 2015, C-623/13).
Contribution sociale généralisée (CSG)
Cet impôt affecté a été institué par la loi de finances pour 1991 (décision n° 90-285 DC du 28 décembre 1990). Il frappe d'abord les revenus d'activité (9,2%). Il porte aussi sur les revenus de remplacement. Pour les pensions, le taux est de 8,3%, 6,6% ou 3,8% selon le revenu fiscal. Les plus modestes sont exonérés. Il est de 6,2% pour les allocations chômage et les indemnités journalières. Les revenus du patrimoine et de placement sont taxés à 10,6% depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, contre 9,2% auparavant. Plusieurs revenus restent à 9,2%, comme l'assurance-vie, les plans d'épargne logement, les revenus fonciers et les plus-values immobilières. La CSG frappe enfin les jeux. Les ménages l'acquittent eux-mêmes, sans part employeur.
Contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS)
Elle a été créée en 1996 au taux de 0,5%. Elle revient en totalité à la Caisse d'amortissement de la dette sociale. Son assiette déborde un peu celle de la CSG. Elle frappe aussi les prestations familiales, les aides au logement et la cession de métaux précieux ou d'objets d'art. Elle épargne en revanche les minima sociaux. Prévue pour être provisoire, elle s'est installée dans la durée.
Impôts et taxes affectés
Ils regroupent les recettes fiscales attribuées à la Sécurité sociale. Ils représentent environ 37% des ressources des régimes de base, dont une vingtaine de points pour la CSG. S'y ajoutent les droits sur les tabacs (près de 14 milliards d'euros en 2023), les taxes sur les alcools et les boissons sucrées (environ 600 millions d'euros), la C3S et des parts de TVA.
Contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S)
Cette taxe de production a été créée en 1970. Elle frappe au taux de 0,16% le chiffre d'affaires des sociétés au-delà de 19 millions d'euros. Elle devait faire participer les grandes entreprises au financement des retraites des artisans et commerçants. Elle a ainsi introduit l'impôt dans le financement social vingt ans avant la CSG.
Exonération et exemption
L'exonération abaisse le taux appliqué à un revenu. Depuis la loi Veil du 25 juillet 1994, l'État doit en principe la compenser. L'exemption fait sortir un revenu de l'assiette. Elle n'est pas compensée. Elle diminue à la fois les recettes et les droits ouverts aux salariés.

Trois références économiques

Selon la règle de Ramsey, une fiscalité efficace porte de préférence sur les assiettes qui se déplacent peu. Elle sert à justifier l’allègement du travail peu qualifié, aisément remplaçable par des machines. Elle justifie aussi la recherche d’autres bases. La taxe pigouvienne a été théorisée par Arthur Pigou en 1920. Elle taxe un comportement pour lui imputer le coût qu’il fait supporter à la société, à l’image du tabac ou du sucre. L’hypothèse du cycle de vie de Modigliani et Ando (1963) suppose que chacun répartit sa consommation sur toute sa vie. Elle relativise le caractère régressif de la TVA. D’après l’Insee (Georges-Kot, 2015), cette approche le réduit de moitié sans le faire disparaître.

Le système fiscal « dual »

Depuis la loi de finances pour 2018, les revenus du travail relèvent du barème progressif. Ceux du capital relèvent d’un prélèvement forfaitaire unique de 30%, qui incluait 17,2 points de prélèvements sociaux. Seuls 9,7 points de CSG et de CRDS revenaient à la Sécurité sociale. Les 7,5 points du prélèvement de solidarité sont affectés à l’État depuis 2018. La LFSS pour 2026 a relevé la CSG sur le capital. Ces prélèvements sociaux s’établissent désormais à 18,6%, ce qui porte le prélèvement forfaitaire unique à 31,4%.

Les points de CSG et de CRDS prélevés sur le capital ne rapportaient qu’environ 18 milliards d’euros en 2024. La somme reste modeste au regard des 600 milliards d’euros de ressources totales.

Une architecture d’abord bismarckienne

Le travail, assiette naturelle de 1945

En 1945, la protection sociale est pensée comme une assurance professionnelle. Salariés et employeurs y contribuent par des cotisations. En 1981, celles-ci fournissent encore 82% des recettes. L’assiette salariale présente de réels atouts. Elle est très étendue (780 milliards d’euros de masse salariale privée en 2023). Elle est le plus souvent dynamique, sauf quand l’inflation s’emballe, comme en 2022-2023. La part des salaires dans la valeur ajoutée a progressé dans les années 1970, puis reculé dans les années 1980. Elle se maintient autour des deux tiers depuis le début des années 1990 (rapport Cotis, 2009).

Le double mouvement de déplafonnement et d'universalisation

À l’origine, les cotisations étaient plafonnées, comme les prestations en espèces qu’elles finançaient. Les cotisations famille et maladie ont peu à peu cessé de l’être. Leur caractère régressif a ainsi été corrigé. Pour les indépendants, il a fallu attendre 2014. Seule la retraite de base conserve aujourd’hui une part plafonnée. Les prestations sont en même temps devenues universelles, pour la famille en 1978, puis avec la CMU en 1999 et la PUMa en 2016. Le lien entre cotisation et droit s’est ainsi distendu. C’est pourtant sur lui que repose la jurisprudence de 1993.

La fiscalisation depuis 1991

Les étapes de la fiscalisation

  1. 1970 La C3S est la première ressource fiscale affectée à la protection sociale.
  2. 1991 La CSG est créée au taux de 1,1%.
  3. 1993 Les premiers allègements de cotisations sur les bas salaires sont compensés par des recettes fiscales.
  4. 1996 La CRDS est affectée à la CADES.
  5. 2004 La contribution solidarité autonomie (0,3%) frappe la masse salariale, en contrepartie de la journée de solidarité. Assise sur les revenus d'activité, elle ne diversifie pas l'assiette.
  6. 2012 Les boissons sucrées et édulcorées sont soumises à une taxe nouvelle.
  7. 2013 La contribution additionnelle de solidarité pour l'autonomie (0,3%) étend cet effort aux pensions de retraite et d'invalidité.
  8. 2014 Les droits sur les tabacs sont affectés en totalité à l'assurance maladie, qui supporte l'essentiel du coût sanitaire du tabagisme.
  9. 2018 Les cotisations salariales maladie et chômage disparaissent. Une hausse de la CSG les remplace, qui touche notamment les retraités.
  10. 2019 Le CICE devient une baisse durable de cotisations. Environ 20 milliards d'euros de TVA supplémentaire sont attribués à la Sécurité sociale en compensation.
  11. 2022 La loi organique du 14 mars 2022 impose une évaluation triennale de chaque exonération et exemption.
  12. 2026 La LFSS pour 2026 porte la CSG sur les revenus du capital à 10,6%. Une réduction générale dégressive unique des cotisations patronales s'applique jusqu'à 3 SMIC.
Cotisations et impôts dans les ressources de la protection sociale
Cotisations et impôts dans les ressources de la protection sociale. Part de chaque ressource, hors transferts, en %.
Ressource 19592015201820212024
Cotisations sociales 77,8%61%59%54%55,6%
Contributions publiques et autres ressources 22,2%14,5%15%16%14,4%
Impôts et taxes affectés, dont la CSG 0%24,5%26%30%30%
Seules figurent les années pour lesquelles la DREES publie une répartition comparable. Les impôts affectés n'existent pas encore en 1959 (part nulle). La ligne « Autres » est calculée par différence à 100. La CSG représente à elle seule environ la moitié des impôts affectés (141,6 milliards d'euros sur 278,7 en 2022). Source : DREES, La protection sociale en France et en Europe, éditions 2016 à 2025

Un financement qui reste adossé au travail

  • ≈ 600 Md€ Ressources de la Sécurité sociale 2023
  • 81% Part assise sur les revenus du travail 2022, contre 93% en 2002
  • 53% Part payée par les ménages contre environ 35% en 1990
  • ≈ 70 Md€ Assiettes exemptées 2023, contre 58 Md€ en 2021
Commission des comptes de la Sécurité sociale. Haut Conseil du financement de la protection sociale. Données 2021 à 2023.

La répartition par assiette

En 2022, 81% des recettes proviennent des revenus du travail. La consommation en fournit 12% par la TVA affectée. Les revenus de remplacement en apportent 4% et ceux du capital 3%. Le financement reste donc suspendu à la santé du marché du travail. Tout ralentissement de la masse salariale se répercute aussitôt sur les comptes. La révision de 2026 l’a montré. Le poids élevé des prélèvements sur le travail est toutefois presque effacé au bas de l’échelle. En 2022, les cotisations et contributions patronales qui restaient dues au niveau du SMIC ne dépassaient pas 1,6% du salaire. C’est précisément là que le coût du travail pèse le plus sur l’emploi.

Un glissement discret vers les ménages

Les ménages assurent aujourd’hui plus de la moitié du financement des administrations de sécurité sociale. En 1990, ils n’en assuraient qu’environ un tiers. Ce basculement tient d’abord à la CSG, qu’ils paient directement sur tous leurs revenus. Il tient aussi à la TVA, qui compense les allègements de cotisations patronales. La part des employeurs est tombée à 46% en 2021, dont 37 points pour les employeurs privés.

Ce que frappent les prélèvements
  1. Revenus du travail Cotisations, CSG, CRDS
  2. Consommation TVA affectée
  3. Revenus de remplacement CSG, CRDS
  4. Revenus du capital CSG, CRDS
Part de chaque assiette dans les recettes de la Sécurité sociale en 2022. Le travail reste la base dominante, malgré trente ans de fiscalisation. Source : Commission des comptes de la Sécurité sociale, Haut Conseil du financement de la protection sociale

Quelles marges de diversification ?

Les revenus de remplacement

En moyenne, les retraités ont un niveau de vie équivalent, voire un peu supérieur, à celui de la population prise dans son ensemble (environ 5% de plus en 2021 selon le COR, contre 7,5% de plus pour les actifs). Le calcul intègre tous les revenus, y compris ceux du capital, ainsi que le loyer qu’économisent les propriétaires. Les mettre davantage à contribution reste pourtant politiquement délicat. L’échange entre cotisations et CSG de 2018 a dû être corrigé à plusieurs reprises dans les LFSS pour 2019 et 2020. La réforme de 2023 a écarté ce levier. La LFSS pour 2026 l’a néanmoins utilisé pour financer la suspension de la réforme des retraites.

Les revenus du capital

Leur assiette est étroite. Même après la hausse de 2026, les prélèvements sociaux sur le capital ne peuvent jouer qu’un rôle d’appoint. Leurs effets sur l’investissement doivent aussi être mesurés. Des marges subsistent du côté des régimes dérogatoires, comme les revenus fonciers, les plus-values immobilières ou l’épargne réglementée. L’annexe 2 de la loi d’approbation des comptes les recense chaque année.

La fiscalité comportementale

Le tabac rapporte près de 14 milliards d’euros. Les fortes hausses de 2003 et de 2017-2022 ont fait baisser la consommation. Ces taxes connaissent cependant un paradoxe bien identifié. Plus elles atteignent leur objectif, plus leur rendement diminue. Leur principal intérêt est d’éviter des dépenses de santé futures. Le Conseil des prélèvements obligatoires recommandait dès juillet 2023 de relever la taxe sur les boissons sucrées et de l’étendre aux sirops et aux boissons à base de soja. À plus long terme, il envisageait une taxe modulée selon la qualité nutritionnelle des produits. La LFSS pour 2025 a alourdi la taxe sur les boissons sucrées. Le projet de loi de financement pour 2027 propose de l’élargir aux confiseries, aux chocolats et aux produits céréaliers sucrés. Il propose aussi de taxer les édulcorants de synthèse.

La TVA

Les ménages modestes consomment une part plus importante de leur revenu. La TVA pèse donc proportionnellement plus sur eux. L’approche par le cycle de vie réduit ce biais de moitié. La TVA est toutefois déjà largement mise à contribution pour compenser les allègements de cotisations. La relever encore exigerait de repenser l’ensemble de la fiscalité. Le projet pour 2027 prévoit d’ailleurs au contraire de diminuer de 5,6 milliards d’euros la TVA affectée.

Les exemptions, gisement prioritaire

En 2023, environ 70 milliards d’euros de revenus échappaient aux cotisations. Selon le Conseil des prélèvements obligatoires, ils atteignaient 73,7 milliards d’euros en 2024. La loi Pacte de 2019 a notamment nourri cette progression. Quatre catégories dominent. La première réunit la participation, l’intéressement et l’actionnariat salarié. La deuxième regroupe les compléments de salaire comme les titres-restaurant ou les chèques-vacances. La troisième est la contribution de l’employeur à la protection sociale complémentaire collective, en prévoyance comme en retraite supplémentaire. La dernière concerne les indemnités versées à la rupture du contrat de travail.

Les plafonds fixés par les lois de programmation depuis 2009 n’ont guère ralenti leur croissance. La loi de programmation pour 2023 à 2027 limite par exemple à trois ans la durée de toute nouvelle niche sociale, exemptions comprises. La loi organique de 2022 impose en outre d’évaluer chaque exemption et chaque exonération au moins tous les trois ans. Un rapport de l’IGAS et de l’IGF en a défini la méthode en 2023. Il est encore trop tôt pour en mesurer les effets. Le projet de loi de financement pour 2027 en cible deux. Il limiterait l’exemption des indemnités de rupture à un plafond annuel de la Sécurité sociale. Il ferait aussi entrer une partie des sommes de partage de la valeur dans le calcul des allègements généraux.

Débats structurants

La Sécurité sociale doit-elle être financée par des cotisations ou par l'impôt ?

Défendre la cotisation

Le lien entre ce que l'on paie et ce que l'on reçoit fait accepter le prélèvement. Depuis 1993, la cotisation bénéficie d'une légitimité constitutionnelle propre. Elle organise une solidarité visible entre assurés et suit l'évolution des salaires.

Assumer l'impôt

Une base fiscale large, incluant le capital, la consommation et les revenus de remplacement, pénalise moins l'emploi. Elle correspond à des droits devenus universels. La CSG a ainsi atteint de nouveaux revenus sans ouvrir de droits supplémentaires.

Une fiscalisation subie

La France a recouru à l'impôt pour compenser les baisses de cotisations plus que par choix délibéré. La vraie question n'oppose pas cotisation et impôt. Elle porte sur l'assiette la mieux adaptée aux objectifs économiques, redistributifs et d'acceptation sociale.

Ce qu'il faut retenir

La CSG a rapproché le financement d’une logique beveridgienne. Elle n’a pas modifié l’organisation bismarckienne des institutions. Le travail fournit toujours plus des quatre cinquièmes des recettes. La portée de la fiscalisation s’en trouve bornée. La charge s’est déplacée des employeurs vers les ménages. Les exemptions d’assiette constituent la principale fuite. Elles réduisent à la fois les recettes et les droits. La fiscalité comportementale, enfin, rapporte d’autant moins qu’elle réussit.

Sources et références

  • Conseil constitutionnel, décisions n° 90-285 DC du 28 décembre 1990, n° 93-325 DC du 13 août 1993 et n° 2014-698 DC du 6 août 2014
  • CJUE, 26 février 2015, De Ruyter, C-623/13 critère de l'affectation
  • Loi n° 94-637 du 25 juillet 1994 relative à la sécurité sociale (loi Veil) compensation des exonérations
  • Loi organique n° 2022-354 du 14 mars 2022 relative aux lois de financement de la sécurité sociale
  • Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026
  • Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, n° 3211 articles 6 à 8 et 14
  • Haut Conseil du financement de la protection sociale, rapport juin 2013
  • Conseil des prélèvements obligatoires, avis sur l'assiette de la CSG octobre 2025
  • Conseil des prélèvements obligatoires, note sur la fiscalité nutritionnelle juillet 2023
  • Loi n° 2023-1195 du 18 décembre 2023 de programmation des finances publiques pour les années 2023 à 2027
  • IGAS et IGF, méthodologie d'évaluation des exonérations et exemptions de cotisations sociales 2023
  • Insee, Georges-Kot, effets redistributifs de la TVA selon le cycle de vie 2015

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