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Ligne 1 · Dossier Protection sociale Employer : emploi, chômage et formation

Les politiques de l'emploi et l'objectif de plein-emploi

Plus de 180 milliards d'euros sont consacrés chaque année à l'emploi. Ils servent surtout à baisser le coût du travail et peu à accompagner les personnes. Ces Notes précisent ce que recouvrent chômage et plein-emploi. Elles décrivent les instruments généraux et ciblés, puis les publics prioritaires et les arbitrages imposés par la contrainte budgétaire.

Mise à jour le 6 sections env. 12 min de lecture
  • Politiques de l'emploi
  • Plein-emploi
  • Contrats aidés
  • Activation
  • Emploi des seniors

L’objectif de plein-emploi a été affiché en 2022. Le chômage reculait alors jusqu’à 7,1% début 2023, son plus bas niveau depuis 1982. La tendance s’est vite inversée. Le taux est remonté à 8,3% au deuxième trimestre 2026, sur fond de finances publiques très tendues. Selon l’Insee, les allocataires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans inscrits à France Travail contribuent pour près de la moitié de cette hausse depuis 2025. Reste à savoir si des politiques coûteuses, éparpillées et d’efficacité variable peuvent encore servir cette ambition.

Ces Notes commencent par les définitions. Elles présentent ensuite la dépense et ses instruments, puis les difficultés propres à certains publics. L’assurance chômage, le service public de l’emploi et la formation professionnelle sont traités dans d’autres Notes.

Les notions de base

Mesurer et qualifier le chômage

Chômeur au sens du BIT
Il s'agit d'une personne sans emploi, disponible pour travailler et qui en cherche activement un. L'Insee le mesure grâce à l'enquête Emploi. Cela autorise les comparaisons dans le temps et entre pays. Les inscriptions à France Travail relèvent d'une autre source, administrative. Au deuxième trimestre 2026, on compte 2,7 millions de chômeurs au sens du BIT pour 3,3 millions d'inscrits en catégorie A.
Plein-emploi
On parle de plein-emploi quand il ne reste qu'un chômage frictionnel. Celui-ci tient au délai nécessaire pour qu'un demandeur et une offre d'emploi se rencontrent. Les économistes le situent le plus souvent autour de 5% de la population active. Ce chiffre reste discuté.
Chômage conjoncturel et structurel
Le chômage conjoncturel varie avec l'activité économique. Le chômage structurel tient à un décalage durable entre les compétences offertes et celles que recherchent les employeurs. Il peut aussi venir du fonctionnement des institutions du marché du travail.
Chômage de longue durée
Il touche les personnes privées d'emploi depuis plus d'un an, soit environ le quart des demandeurs d'emploi en 2024. Il tend à se prolonger de lui-même. Plus l'éloignement de l'emploi dure, plus le retour devient difficile (effet d'hystérèse).
Sélectivité du marché du travail
Quand les candidats abondent, les employeurs choisissent les profils qui leur paraissent les moins risqués. Le chômage se concentre alors sur les jeunes peu qualifiés, les seniors, les personnes handicapées et les habitants des quartiers prioritaires. Les politiques ciblées visent à corriger cette sélection.

Politiques passives

Garantir un revenu

  • Elles comprennent l'indemnisation du chômage (ARE, ASS), l'activité partielle et les anciennes préretraites.
  • Elles maintiennent un revenu sans agir directement sur le retour à l'emploi.
  • Elles augmentent automatiquement en temps de crise.
  • L'OCDE a diffusé cette distinction.

Politiques actives

Agir sur l'emploi

  • Elles regroupent formation, accompagnement, contrats aidés et allègements de cotisations.
  • Elles cherchent à améliorer l'employabilité des personnes ou à favoriser l'embauche.
  • Elles s'inscrivent dans des programmes pluriannuels.
  • Elles traduisent un choix de valeur, celui de l'activation.
La séparation n'est pas étanche. Une indemnisation plus courte ou dégressive est présentée comme une incitation à reprendre un emploi. L'alternance combine formation et travail en entreprise.

Une dépense de 180 milliards d’euros

La DARES additionne toutes les dépenses publiques consacrées à l’emploi. Elles représentent 178,7 milliards d’euros en 2022, soit 6,8% du PIB. Elles atteignent 190,1 milliards d’euros en 2023 et 193,4 milliards d’euros en 2024.

Cinq grandes catégories (2022)

L’incitation à l’embauche absorbe environ 88 milliards d’euros, surtout sous forme d’allègements de cotisations. Le soutien au revenu des chômeurs et des personnes en activité réduite représente environ 46 milliards d’euros. La formation professionnelle des salariés, des apprentis et des demandeurs d’emploi coûte environ 28 milliards d’euros. L’incitation à l’activité mobilise environ 11 milliards d’euros. Elle passe surtout par la prime d’activité et l’aide aux créateurs d’entreprise. L’accompagnement assuré par France Travail et les missions locales représente environ 6,5 milliards d’euros.

Une structure qui interroge

Près de la moitié de la dépense sert à réduire le coût du travail. L’accompagnement individuel n’en représente que 3 à 4% environ. Le système finance donc largement des aides financières et peu la capacité de suivre les personnes. Toutes les réformes récentes font pourtant de l’accompagnement leur pivot. Une fois déduits les effets d’aubaine et de substitution, l’effet net des dispositifs reste par ailleurs difficile à mesurer.

Deux effets indésirables à identifier

Effet d'aubaine
L'aide finance une embauche que l'employeur aurait faite de toute façon. Cet effet est particulièrement marqué pour les contrats aidés dans le secteur marchand et pour les aides à l'apprentissage.
Effet de substitution
L'aide conduit à recruter une personne du public visé à la place d'une autre qui n'en fait pas partie. Le nombre total d'emplois n'augmente pas.

Les instruments

Les instruments généraux

Les allègements de cotisations forment le premier poste de dépense. Créés en 1993, ils approchaient 80 milliards d’euros en 2022, après la transformation en 2019 du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi en baisse de cotisations. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, ils sont réunis dans une réduction dégressive unique jusqu’à 3 SMIC (voir les Notes qui leur sont consacrées). L’activité partielle permet à l’État et à l’assurance chômage d’indemniser des salariés temporairement privés de travail. Elle a coûté environ 27 milliards d’euros en 2020, contre 200 à 300 millions d’euros par an en période normale. Son usage massif explique la reprise rapide après la crise sanitaire, à la différence de 2008-2009. L’activité partielle de longue durée a été créée en 2020 sur la base d’un accord collectif. Elle indemnise mieux les salariés en échange d’engagements sur l’emploi et la formation. La loi de finances pour 2025 en a créé une variante « rebond » pour les entreprises durablement en difficulté mais dont la pérennité n’est pas menacée. Elle suppose un accord validé par l’administration.

Les instruments ciblés

Les contrats aidés prennent la forme de parcours emploi compétences. Ce sont des contrats du secteur non marchand assortis d’une aide à l’employeur et d’une obligation de formation. La loi de finances pour 2014 en finançait 340 000. Celle de 2025 en prévoyait environ 50 000, mais une circulaire du 4 avril 2025 n’en a financé que 32 000. Leurs résultats en termes d’insertion durable sont jugés décevants. L’insertion par l’activité économique s’appuie sur les entreprises d’insertion, les entreprises de travail temporaire d’insertion, les ateliers et chantiers d’insertion et les associations intermédiaires. Le pacte d’ambition de 2019 a porté les crédits de l’État de 840 millions d’euros en 2018 à 1,5 milliard d’euros en 2024, sans atteindre les effectifs visés. L’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée a été lancée en 2016. Elle redirige les dépenses liées au chômage vers des entreprises à but d’emploi, dans environ 75 territoires et pour 3 100 salariés. Les emplois francs aidaient à recruter les habitants des quartiers prioritaires. La loi de finances pour 2025 les a supprimés.

Du plus général au plus ciblé
  1. Tous les employeurs Allègements de cotisations Près de 80 milliards d'euros en 2022
  2. Activité partielle Maintenir les salariés dans l'emploi en cas de choc
  3. Contrats aidés 32 000 parcours emploi compétences financés en 2025
  4. Insertion par l'activité économique 1,5 milliard d'euros de crédits en 2024
  5. Publics très éloignés Territoires zéro chômeur Environ 3 100 salariés
Plus l'instrument vise un public précis, plus son volume est faible. L'essentiel de la dépense va aux instruments généraux.

Trois publics prioritaires

Les seniors

En 2023, 58,4% des 55-64 ans ont un emploi, contre 56,9% en 2022, du jamais vu depuis 1975. Ce taux reste pourtant inférieur à la moyenne européenne (63,9%).

L’accord du 14 novembre 2024 a été repris par la loi du 24 octobre 2025. Il crée pour cinq ans, à titre expérimental, un contrat de valorisation de l’expérience. Ce CDI s’adresse aux demandeurs d’emploi d’au moins 60 ans, ou 57 ans si un accord de branche le prévoit, qui ne peuvent pas encore liquider une retraite à taux plein. Il impose une négociation sur l’emploi des salariés expérimentés. Depuis le 1ᵉʳ septembre 2025, la retraite progressive est accessible dès 60 ans.

Faute de meilleures conditions de travail, les salariés les plus usés risquent toutefois de passer par le chômage ou l’invalidité avant la retraite.

Les jeunes

Au deuxième trimestre 2026, 21,6% des actifs de 15 à 24 ans sont au chômage, contre 17,7% deux ans plus tôt. Les missions locales leur proposent le parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie. Elles proposent aussi le contrat d’engagement jeune. Celui-ci exige 15 à 20 heures d’activité par semaine en échange d’une allocation de 500 € au plus. L’Établissement pour l’insertion dans l’emploi et les écoles de la deuxième chance complètent l’offre.

Les dépenses d’apprentissage ont fortement augmenté depuis 2018. Les aides aux employeurs ont été réduites en 2025. Elles varient désormais selon la taille de l’entreprise et le niveau du diplôme (décret du 6 mars 2026).

Les personnes handicapées

Les entreprises adaptées et les établissements et services d’aide par le travail doivent servir de tremplin vers le milieu ordinaire.

Les Cap emploi travaillent désormais avec France Travail au sein d’équipes communes. Le chômage des personnes handicapées a nettement reculé. Leur insertion reste pourtant difficile.

Sous contrainte budgétaire

Les coupes de 2025

La loi de finances pour 2025 réduit d’environ 4 milliards d’euros, soit 17%, les crédits du programme travail et emploi. Les contrats aidés effectivement financés tombent à 32 000. Les emplois francs disparaissent. Les aides à l’apprentissage baissent d’environ 1,2 milliard d’euros. Le plan France 2030 connaît lui aussi d’importantes annulations de crédits. Une revue de dépenses des inspections générales recommandait en outre de réduire les crédits de l’insertion par l’activité économique et des territoires zéro chômeur, de rendre dégressive l’aide au poste en entreprise adaptée et de limiter les prestations que France Travail confie à des prestataires extérieurs.

Les transitions à anticiper

Le vieillissement exige d’améliorer les fins de carrière. Sinon, l’allongement de la vie active augmentera le chômage et l’invalidité des seniors. Les transitions écologique et numérique appellent des outils qui sécurisent les parcours et accompagnent les reconversions. L’universalisation des droits faciliterait enfin les changements de statut. Elle suppose une portabilité complète de l’assurance chômage, de la formation, des congés et de la protection complémentaire. Elle en reste toutefois au stade de la réflexion.

Débats structurants

Faut-il privilégier l'accompagnement plutôt que les aides financières ?

Rééquilibrer

L'accompagnement ne pèse qu'une faible part d'une dépense dominée par les allègements de cotisations et l'indemnisation. Selon les comparaisons européennes, les services de l'emploi les plus performants comptent plus de conseillers. Ils voient aussi plus souvent les demandeurs.

Ne pas surestimer l'accompagnement

Accompagner ne crée pas d'emploi. Cela aide seulement à pourvoir les postes existants. Quand les entreprises embauchent moins, comme depuis 2024, son efficacité baisse. Réduire le coût du travail agit au contraire directement sur le recrutement.

Une affaire de ciblage

Ces deux leviers se complètent. Les évaluations invitent à réserver les allègements aux bas salaires. L'accompagnement renforcé devrait aller aux personnes les plus éloignées de l'emploi, au lieu de disperser les moyens.

L'activation des demandeurs d'emploi donne-t-elle des résultats ?

Ses partisans

Assortir les droits d'obligations pousse à chercher activement un emploi. Cela évite de s'installer dans l'assistance. On prête à la prime d'activité des effets positifs sur l'emploi.

Ses critiques

Les personnes les plus éloignées de l'emploi cumulent des obstacles : logement, santé, mobilité ou garde des enfants. Les sanctions augmentent le non-recours sans lever ces difficultés. L'activation oriente parfois vers des emplois éphémères.

Deux modèles en tension

Le workfare anglo-saxon subordonne strictement l'aide à la reprise d'un emploi. La flexisécurité nordique combine une indemnisation généreuse, des exigences de formation élevées et des licenciements facilités. La France puise dans les deux sans trancher.

Ce qu'il faut retenir

La dépense pour l’emploi est considérable. Elle sert pourtant surtout à réduire le coût du travail plutôt qu’à accompagner les personnes. Les instruments ciblés reculent à mesure que la contrainte budgétaire se durcit. La remontée du chômage depuis 2024 fragilise l’objectif de plein-emploi. L’insertion des seniors, des jeunes et des personnes handicapées dépend enfin autant des conditions de travail que des aides.

Sources et références

Assistant de lecture

Bienvenue ! Quelle notion, quel mécanisme ou quel exemple souhaitez-vous explorer ensemble ? (Pas d'inquiétude : la conversation s'efface à la fermeture de l'onglet.).

Réponses générées par l’IA Gemini (Google) : elles peuvent comporter des erreurs.

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